Le Niger poursuit sa stratégie de reprise en main de son secteur pétrolier avec la création d’un nouvel opérateur public dédié aux infrastructures de transport d’hydrocarbures. Le gouvernement a adopté, lors du Conseil des ministres du 18 mai, un décret portant création de la Société Nigérienne des Pipelines Intérieurs (SNPI), une entreprise publique appelée à piloter l’ensemble des réseaux de transport d’hydrocarbures par canalisations sur le territoire national.
Cette initiative s’inscrit dans la volonté affichée par Niamey de renforcer sa souveraineté énergétique et de mieux contrôler toute la chaîne de valeur pétrolière, depuis la production jusqu’aux infrastructures stratégiques de transport.
Un nouvel opérateur 100 % public
La SNPI prendra la forme d’une société anonyme détenue intégralement par l’État nigérien.
Selon le communiqué officiel, elle sera chargée de la gestion, de l’exploitation, de la maintenance et de la sécurisation des pipelines pétroliers domestiques. Son périmètre couvrira également les études techniques, la conception, la construction, la modernisation ainsi que l’extension des futurs réseaux de transport d’hydrocarbures.
Avec cette nouvelle structure, le Niger se dote d’un instrument opérationnel pour centraliser la gouvernance de ses infrastructures énergétiques stratégiques, dans un contexte où le contrôle des actifs pétroliers devient un enjeu croissant de souveraineté économique.
Le pipeline Agadem-Zinder repasse sous contrôle étatique
La création de la SNPI intervient dans un contexte symboliquement fort : le retour dans le patrimoine public du pipeline Agadem-Zinder.
Long d’environ 462 kilomètres, cet ouvrage relie le bassin pétrolier d’Agadem, dans l’est du pays, à la raffinerie de Zinder exploitée par la SORAZ, qui approvisionne le marché domestique en produits raffinés depuis 2011.
Jusqu’ici, cette infrastructure était exploitée dans le cadre des accords conclus avec China National Petroleum Corporation, via sa filiale nigérienne CNPCNP.
Le transfert vers l’État s’appuie sur le mécanisme contractuel du cost oil, qui prévoit qu’une infrastructure financée par l’opérateur privé revienne à l’État une fois les investissements amortis.
Le même jour que la création de la SNPI, un nouveau protocole de partenariat pétrolier a été signé entre les autorités nigériennes et CNPCNP afin d’acter ce transfert et de restructurer les dettes croisées entre les deux parties dans un délai de six mois.
Après les tensions avec Pékin
Ce développement marque une nouvelle étape dans la recomposition des relations entre Niamey et ses partenaires pétroliers chinois.
En 2025, des tensions étaient apparues entre le gouvernement nigérien et Pékin autour de plusieurs sujets, notamment les conditions d’exploitation, la gestion des revenus pétroliers et les exigences accrues de contenu local imposées par les autorités nigériennes.
Plusieurs responsables chinois avaient alors été expulsés, avant l’ouverture d’une séquence de négociations pilotée par un comité spécial mis en place par décret présidentiel.
Le protocole signé cette semaine semble marquer un compromis plus favorable aux ambitions souverainistes de Niamey.
Une logique de montée en puissance étatique
Au-delà du seul pipeline Agadem-Zinder, la création de la SNPI traduit une stratégie plus large : faire monter l’État nigérien dans la maîtrise des actifs pétroliers stratégiques.
Depuis le début de sa production pétrolière en 2011, le Niger a progressivement renforcé ses ambitions sur l’ensemble de la chaîne de valeur, qu’il s’agisse du raffinage, du transport ou de la commercialisation.
Cette dynamique s’est accélérée ces derniers mois avec la renégociation de plusieurs accords énergétiques.
Reste désormais à savoir si l’État disposera des capacités techniques, financières et opérationnelles nécessaires pour assurer durablement la gestion de ces infrastructures sensibles, dans un secteur fortement capitalistique et exigeant en expertise.
A.S.




