Alors que l’inflation montre de légers signes de reprise au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), certains pays continuent d’afficher des niveaux de prix exceptionnellement bas, portés par le recul des coûts alimentaires et un environnement extérieur temporairement favorable.
Selon le dernier bulletin mensuel de statistiques publié par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le Niger, la Guinée-Bissau et le Bénin ont enregistré en mars 2026 les taux d’inflation les plus faibles de l’Union, avec respectivement -9,8 %, -4,3 % et -0,4 % en glissement annuel.
À l’échelle régionale, l’inflation dans l’UEMOA est repassée légèrement en territoire positif, à 0,1 % en mars, après -0,5 % en janvier et -0,1 % en février, confirmant toutefois un net ralentissement par rapport aux niveaux observés un an plus tôt.
L’effet alimentation domine
La dynamique observée dans les pays les moins inflationnistes s’explique avant tout par le recul des prix alimentaires.
Au Bénin, les prix des produits alimentaires et des boissons non alcoolisées ont reculé de 2,5 % entre mars 2025 et mars 2026. Des baisses ont également été enregistrées dans les transports et le logement.
Le Niger affiche la correction la plus spectaculaire, avec une chute de 18,7 % des prix alimentaires sur un an. Les coûts liés au logement, à l’eau, à l’électricité, au gaz et aux combustibles ont également contribué à la désinflation, même si certains postes comme la santé restent orientés à la hausse.
Cette évolution s’inscrit dans une tendance régionale plus large, soutenue par une amélioration de l’offre agricole et un environnement international plus favorable sur certains intrants.
Un contexte extérieur temporairement favorable
Plusieurs facteurs externes ont contribué à modérer les tensions inflationnistes dans l’Union.
Le recul des cours mondiaux du pétrole a joué un rôle central, avec une baisse d’environ 16 % sur un an à fin 2025.
Parallèlement, l’appréciation de l’euro face au dollar — supérieure à 12 % en 2025 — a mécaniquement renforcé le franc CFA, arrimé à la monnaie européenne, réduisant le coût des importations libellées en dollars.
Selon la BCEAO, le ralentissement des prix dans les segments du logement, de la communication et de la santé a également contribué à contenir la hausse générale des prix.
Une accalmie possiblement fragile
Cette phase de désinflation apporte un répit temporaire au pouvoir d’achat des ménages, mais sa durabilité reste incertaine.
E.N.
Les tensions géopolitiques internationales, notamment autour des coûts énergétiques et des chaînes logistiques, pourraient rapidement inverser la tendance, en particulier sur les produits importés comme les carburants ou certaines denrées alimentaires.
Dans ce contexte, la BCEAO a abaissé en mars son principal taux directeur de 25 points de base, à 3 %, dans le but d’assouplir les conditions de financement et de soutenir le crédit à l’économie.
Des écarts marqués au sein de l’Union
Tous les pays de l’Union ne bénéficient pas de la même dynamique.
À l’autre extrémité du classement, la Côte d’Ivoire, le Togo et le Sénégal ont enregistré en mars les niveaux d’inflation les plus élevés de l’UEMOA, avec respectivement 2 %, 1,6 % et 1,4 %.
Ces écarts reflètent des réalités nationales contrastées, liées à la structure des marchés domestiques, aux politiques publiques, à la dynamique agricole et au poids des importations dans la consommation locale.




