L’économie togolaise a enregistré une croissance de 6,3 % en volume en 2025, dépassant les prévisions des principales institutions financières internationales. Cette performance, tirée par le dynamisme des services, des infrastructures et des activités extractives, confirme la résilience de l’économie togolaise, même si certains signaux de fragilité interrogent sur la soutenabilité de cette dynamique.
Selon les premières estimations des comptes nationaux annuels publiées en mai 2026 par l’Institut national de la statistique et des études économiques et démographiques (INSEED), le produit intérieur brut (PIB) nominal du pays a atteint 6919,1 milliards FCFA (12,28 milliards de dollars) en 2025.
Ce résultat surpasse les projections de la Banque mondiale (5 %) et du Fonds monétaire international (5,3 %), dans un contexte régional marqué par des tensions économiques et sécuritaires persistantes.
Les services, principal moteur de la croissance
Le secteur tertiaire demeure le pilier central de l’économie togolaise. Il a généré 3403,8 milliards FCFA de valeur ajoutée, avec une progression de 7 % en volume, contribuant à hauteur de 3,5 points de pourcentage à la croissance totale.
Cette performance repose en grande partie sur le dynamisme du transport et de la logistique. Les activités de transport et d’entreposage ont progressé de 16,2 %, soutenues par la montée en puissance du Port autonome de Lomé, qui a traité 2,06 millions d’équivalent vingt pieds (EVP) en 2024, en hausse de 8 %.
Le numérique affiche également une forte accélération, avec une croissance de 17,2 % dans les activités d’information et de communication, reflet de l’essor des usages digitaux et des investissements dans les infrastructures technologiques.
Le commerce a, pour sa part, progressé de 9,9 %, porté par la consommation intérieure et les flux de transit régionaux.
Industrie et construction en forte progression
Le secteur secondaire a également affiché une performance robuste, avec une croissance de 7,5 %.
La construction s’impose comme l’un des principaux relais de cette dynamique, avec une progression de 16,9 %, illustrant la poursuite des investissements publics et privés dans les infrastructures.
La fabrication de matériaux de construction a bondi de 27,4 %, tandis que les industries extractives ont enregistré une croissance de 10,6 %, confirmant le rôle croissant du secteur minier dans l’économie nationale.
Les signaux de fragilité
Malgré ce tableau globalement favorable, certains segments ont enregistré un net recul.
Les activités financières et d’assurance ont chuté de 9,6 % en volume, ce qui traduit des tensions potentielles sur les marges du secteur bancaire et une possible contraction de certains flux financiers.
L’administration publique a également reculé de 8,8 %, conséquence probable des efforts de consolidation budgétaire engagés par les autorités pour contenir l’endettement public.
Cette discipline financière a permis de ramener la dette publique à 65 % du PIB à fin juin 2025, sous le plafond communautaire de 70 % fixé par l’UEMOA.
Une trajectoire à confirmer en 2026
La croissance enregistrée en 2025 a permis une amélioration du revenu moyen par habitant, qui approche désormais le seuil des 1400 dollars.
Mais la question de la qualité de cette croissance reste posée.
La forte dépendance à la logistique, aux infrastructures et aux services marchands expose le pays aux chocs externes, notamment aux ralentissements du commerce régional ou aux tensions sur les corridors commerciaux.
Le recul du secteur financier constitue également un point de vigilance, dans un contexte où le financement du secteur privé demeure essentiel pour soutenir l’investissement et la diversification économique.
Pour 2026, le principal enjeu sera donc de transformer cette croissance robuste en dynamique plus équilibrée, capable de résister aux incertitudes extérieures tout en consolidant les gains budgétaires récents.
Y.H.




