L’UEMOA a chiffré ses ambitions pour la transformation de son secteur agricole. Lors d’une rencontre tenue à Bamako le 1er juin 2026 entre les autorités maliennes et une délégation de la Commission de l’organisation, un portefeuille de projets estimé à 6 000 milliards FCFA — soit environ 10,6 milliards de dollars — a été mis en avant à l’horizon 2040. Ce montant est issu d’un livre blanc consacré aux filières agricoles prioritaires de la région, actuellement promu auprès des États membres.
Trois filières, trois logiques d’investissement
Le livre blanc structure ses ambitions autour de trois chaînes de valeur jugées déterminantes pour les économies agricoles de l’Union : les engrais et le phosphate, le riz et le coton textile.
Sur les engrais, l’enjeu est celui de la souveraineté productive. Les pays membres de l’UEMOA restent massivement dépendants des importations pour couvrir leurs besoins, une exposition qui se traduit directement dans les coûts de production agricole. Selon la BCEAO, les achats d’engrais à l’extérieur ont représenté en moyenne 543,5 milliards FCFA par an entre 2020 et 2024, portés principalement par la Côte d’Ivoire, le Mali et le Sénégal.
Le riz cristallise un défi similaire, mais à plus grande échelle. Première céréale importée de l’Union, il représente en moyenne 1 627 milliards FCFA d’achats annuels sur la même période — principalement en provenance d’Inde et de Thaïlande — concentrés en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Sénégal. Malgré un potentiel rizicole réel dans plusieurs pays membres, la production locale n’a pas suivi la croissance de la demande.
Le coton occupe une position inverse : c’est une filière d’exportation, troisième source de recettes agricoles de l’Union après le cacao et le caoutchouc. En 2024, les exportations de fibre ont généré environ 1 011 milliards FCFA. Les pays membres concentrent près de la moitié de la production africaine de coton graine, estimée à cinq millions de tonnes. Le talon d’Achille du secteur reste néanmoins sa faible industrialisation, qui laisse échapper une part importante de la valeur ajoutée au profit des transformateurs étrangers.
Un horizon de 15 ans, une exécution à construire
Couvrant la période 2026-2040, le programme témoigne d’une ambition régionale affirmée. Mais l’ampleur des montants annoncés ne préjuge pas des conditions de leur mobilisation. La réussite du dispositif dépendra de la capacité des États membres à coordonner leurs politiques agricoles, à sécuriser les financements publics et à créer les conditions d’une implication plus substantielle du secteur privé — un acteur encore insuffisamment présent dans les chaînes de valeur agricoles de la région.
E.N.




