Le Sénégal entend renforcer les solutions de financement accessibles aux petites et moyennes entreprises (PME) avec l’ouverture de l’activité d’affacturage aux institutions de microfinance. Une réforme qui intervient alors que les PME, pilier de l’économie nationale, continuent de faire face à des difficultés persistantes d’accès au crédit bancaire.
L’Assemblée nationale a adopté le jeudi 21 mai un projet de loi relatif à l’affacturage, présenté par le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba. Le texte autorise désormais les institutions de microfinance agréées et supervisées par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) à proposer ce mécanisme de financement, jusqu’ici réservé aux banques.
L’affacturage consiste pour une entreprise à céder ses créances commerciales à un établissement financier afin d’obtenir immédiatement les liquidités correspondant à des factures dont le paiement est attendu à une échéance ultérieure. Ce dispositif permet aux entreprises de renforcer leur trésorerie, de limiter l’impact des retards de paiement et de financer leur cycle d’exploitation sans recourir à des garanties patrimoniales souvent difficiles à mobiliser.
Pour les autorités sénégalaises, cette réforme répond à un enjeu majeur de financement de l’économie. Les PME représentent près de 99,8 % du tissu entrepreneurial national et concentrent environ 80 % des emplois, mais elles continuent de capter moins de 10 % du portefeuille global de crédits bancaires.
Malgré son potentiel, l’affacturage reste encore peu développé dans le pays. Selon les données du ministère des Finances, l’encours de cette activité représentait seulement 0,05 % des crédits bancaires en 2022, 0,13 % en 2023 et 0,18 % en 2024. Cette progression demeure marginale au regard des besoins de financement des entreprises, notamment dans les secteurs du commerce, des services et de la sous-traitance.
Le faible développement du marché s’expliquait en partie par l’absence d’un cadre juridique spécifique. Jusqu’à présent, l’activité reposait principalement sur une instruction générale de la BCEAO qui ne définissait pas de manière détaillée les droits et obligations des parties prenantes.
La nouvelle loi transpose dans le droit sénégalais la Décision n°23/CM/UEMOA du 10 décembre 2020 portant adoption d’une réglementation uniforme de l’affacturage dans l’espace UEMOA. Elle encadre les relations contractuelles entre les différents acteurs, précise les mécanismes de garantie, définit les modalités de rémunération des établissements financiers et clarifie le régime fiscal applicable aux opérations.
Au-delà du Sénégal, cette réforme s’inscrit dans une dynamique régionale visant à diversifier les instruments de financement des entreprises et à réduire la dépendance excessive au crédit bancaire classique. Pour les PME sénégalaises, confrontées à des besoins croissants de trésorerie dans un contexte économique marqué par des tensions de liquidité, l’élargissement de l’offre d’affacturage pourrait constituer un levier supplémentaire pour soutenir leur développement et renforcer leur résilience financière.
E.N.




