En une décennie, le Bénin a sensiblement étoffé son réseau routier. Quelque 3 000 km de routes bitumées et 1 400 km de pistes rurales ont été ajoutés depuis 2016, année où le réseau revêtu ne dépassait pas 2 684,8 km selon l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSTAD). Un effort d’infrastructure notable, porté par une succession de programmes publics, mais qui bute encore sur des lacunes structurelles dans les zones rurales.
Un milliard de dollars mobilisé sous le programme Asphaltage
L’essentiel de cette dynamique repose sur plusieurs chantiers lancés sous l’administration Patrice Talon, au premier rang desquels le programme Asphaltage, qui a mobilisé près de 684 milliards FCFA — soit environ 1,2 milliard de dollars. Sur la période 2021-2026, les deux volets du Programme d’action du gouvernement (PAG) ont maintenu les infrastructures routières parmi leurs priorités, avec près du quart du budget global alloué au transport.
Au-delà de la voirie urbaine, plusieurs axes régionaux stratégiques ont bénéficié de travaux de réhabilitation ou de bitumage, dont les routes Djougou-Péhunco-Kérou-Banikoara et Béroubouay-Kandi-Malanville — des corridors qui irriguent les échanges avec les pays voisins enclavés du Sahel.
Moins de la moitié des routes rurales praticables toute l’année
Malgré ces investissements, le tableau reste incomplet. Dans un rapport publié en 2023, la Banque mondiale relevait que moins de 50 % des routes rurales du Bénin sont praticables en toute saison. Seuls 23 % des habitants ruraux disposent d’un accès à une route praticable à l’année dans un rayon de 2 km. L’indice d’accessibilité rurale (RAI) du pays est estimé à 20 %, contre une moyenne régionale de 34 % en Afrique de l’Ouest — avec des écarts encore plus prononcés dans les départements du Nord.
Cette situation pèse directement sur la compétitivité logistique du pays et sur sa capacité à valoriser son potentiel agricole, notamment dans les zones de production les plus éloignées des axes principaux.
Wadagni mise sur la connectivité Est-Ouest
Le nouveau président Romuald Wadagni entend corriger l’un des déséquilibres les plus flagrants du réseau actuel : son orientation quasi exclusive selon l’axe Sud-Nord. Son projet de société prévoit la création de deux corridors transversaux majeurs — l’un reliant le Nord-Ouest au Nord-Est via Natitingou-Guilmaro-Kérou, l’autre connectant le Centre-Ouest au Centre-Est par le corridor Prékété-Bassila-Bétérou-Tchaourou. Des routes secondaires sont également annoncées pour désenclaver les communes isolées et stimuler les échanges intercommunaux.
Des investissements en voirie urbaine sont par ailleurs prévus dans plusieurs villes, dans un contexte d’urbanisation accélérée.
La trajectoire reste cependant conditionnée à plusieurs inconnues : le financement de ces nouveaux chantiers dans un environnement budgétaire sous pression, la qualité d’exécution des travaux et, question souvent négligée, l’entretien durable des infrastructures existantes — un poste historiquement sous-doté au Bénin comme dans la plupart des pays de la sous-région.
A.S.




