Ecobank a réalisé mercredi 3 juin une opération inédite sur les marchés de capitaux : l’émission du premier Nature Bond au monde par une banque commerciale, pour un montant de 450 millions de dollars. Cotée sur la Bourse de Londres et structurée conformément aux principes de l’Association internationale des marchés de capitaux (ICMA), l’obligation a suscité un appétit investor bien au-delà des attentes — le carnet d’ordres final a dépassé 1,36 milliard de dollars, soit 3,9 fois l’objectif initial de 350 millions. La vigueur de la demande a permis au groupe d’augmenter la taille de l’opération de 100 millions et de resserrer le taux de rendement de 50 points de base.
Un instrument ancré dans l’économie réelle, pas dans la conservation abstraite
Le Nature Bond d’Ecobank se distingue des obligations vertes classiques par sa cible : non pas des projets d’énergies renouvelables ou de transport bas carbone, mais les acteurs de l’économie réelle dont les activités quotidiennes influencent directement la biodiversité. Concrètement, les fonds seront déployés vers les petits exploitants agricoles adoptant des pratiques durables, les entreprises de transformation dotées de chaînes d’approvisionnement certifiées sans déforestation, et les infrastructures hydriques protégeant les écosystèmes d’eau douce.
Les investissements couvriront 24 marchés africains, avec une concentration sur des pays prioritaires pour la biodiversité — notamment la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Ghana. Fait notable : 81 % du portefeuille de prêts éligibles est alloué à des pays où le changement d’affectation des terres agricoles constitue le principal facteur de perte de biodiversité.
Chaque prêt éligible est assorti de sept conditions de durabilité vérifiées de manière indépendante, incluant des contrôles de déforestation et des exigences de traçabilité des chaînes d’approvisionnement — un dispositif de redevabilité que le groupe présente comme le résultat de quatre années de préparation.
Une note SQS1 et un signal fort pour le marché
L’obligation a obtenu la note maximale de qualité en matière de durabilité de l’agence Moody’s — SQS1 Excellent — un label qui a directement contribué à la sursouscription de l’opération. Pour Ecobank, cette performance valide à la fois la crédibilité du cadre méthodologique et l’appétit des investisseurs institutionnels internationaux pour des instruments africains de financement de la nature bien structurés.
L’Afrique concentre 25 % de la biodiversité mondiale mais ne reçoit que moins de 3 % des financements consacrés à la nature — un déficit structurel que cette émission entend partiellement combler, en ouvrant un canal direct entre capitaux internationaux et économie agricole africaine.
Y.H.




