Riz en Afrique de l’Ouest : 1,54 milliard de dollars d’engagements et une Déclaration d’Accra pour viser l’autosuffisance d’ici 2035

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La Table ronde sur l’investissement rizicole s’est achevée le 3 juin à Accra avec des résultats tangibles. À l’issue de deux jours de travaux et de quatre sessions de négociations bilatérales entre délégations nationales et investisseurs, 1,54 milliard de dollars d’engagements financiers ont été annoncés. Un chiffre bien en deçà des 24 milliards nécessaires sur dix ans, mais présenté par les organisateurs comme un signal d’intérêt réel des partenaires pour la transformation de la filière.

La Déclaration d’Accra fixe des cibles chiffrées à 2035

Quatorze pays ont signé la Déclaration d’Accra, engagement politique structuré en sept chapitres et porté par les ministres de l’Agriculture et des Finances. Les objectifs sont précis : doubler la production annuelle de paddy, porter les rendements moyens de 2,1 à 4,1 tonnes par hectare, réduire les pertes post-récolte de 30 % à moins de 10 %, et ramener la dépendance aux importations sous le seuil de 15 %. La déclaration cible également la création de 15 millions d’emplois directs et indirects dans la chaîne de valeur, avec une exigence que femmes et jeunes représentent au moins la moitié des bénéficiaires.

Pour financer cette ambition, une enveloppe régionale de 28 milliards de dollars est visée sur 2026-2035, dont 25,6 milliards issus des plans nationaux déjà élaborés par les 14 signataires. L’architecture financière cible 40 à 50 % de financements publics et concessionnels, 20 à 25 % via des instruments de financement mixte et 30 à 35 % de capitaux privés.

L’environnement favorable capte l’essentiel des engagements

La répartition des 1,54 milliard engagés révèle les priorités réelles des investisseurs. La rubrique « Environnement favorable et mesures transversales » — réformes, coordination et infrastructures de soutien — absorbe à elle seule 964 millions de dollars, soit près des deux tiers de l’enveloppe totale. Les intrants et engrais suivent avec 104 millions, l’irrigation avec 45,8 millions, la production et l’agrégation avec 40 millions, et la transformation-usinage avec seulement 14 millions — un signal que le maillon industriel reste le moins attractif pour les financeurs.

Par pays, le Togo et le Nigeria se distinguent nettement avec 707,5 millions de dollars d’engagements indicatifs cumulés à eux deux.

Un Compact régional attendu fin septembre pour passer à l’exécution

La suite du processus est balisée. L’Observatoire du riz de la CEDEAO dispose de cinq jours ouvrables pour valider et classer l’ensemble des engagements. Des points focaux nationaux seront désignés avec des plans d’action à communiquer d’ici fin juin. Un compact régional d’investissement rizicole, qui donnera une portée juridique et institutionnelle aux engagements d’Accra, doit être finalisé d’ici la fin du troisième trimestre 2026. Une première revue de progrès est prévue en septembre.

C’est à ce stade que se jouera la crédibilité du processus : transformer 1,54 milliard d’engagements annoncés en investissements effectivement décaissés, dans une filière qui a déjà connu — avec l’Offensive régionale du riz de 2014 — un précédent de grandes ambitions non tenues.

E.N.

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