Deux ans après son entrée en vigueur, l’interdiction des exportations de noix de cajou brutes au Bénin — en vigueur depuis avril 2024 — n’a pas produit les effets escomptés. C’est le constat que dresse Jim Fitzpatrick, expert du marché mondial du fruit à coques, dans un entretien accordé à l’Agence Ecofin. Selon lui, moins de 30 % de la récolte béninoise — qui fluctue entre 170 000 et 180 000 tonnes par an — a été transformée localement l’an dernier. Le reste, soit environ 70 %, aurait été redirigé vers le Togo ou le Nigeria, avant d’être exporté vers l’Inde ou le Vietnam sous d’autres appellations d’origine.
Les industriels locaux ne peuvent pas absorber la récolte
La mesure visait à alimenter les unités de transformation implantées notamment dans la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), positionnée comme le fer de lance de la politique d’industrialisation béninoise. Dans les faits, les capacités installées ne suffisent pas à absorber l’ensemble de la production. « Soit les industriels locaux ne veulent pas payer le prix demandé par les producteurs, soit ils ne disposent pas de suffisamment de fonds de roulement ou de débouchés pour acheter et écouler toute la récolte », explique Fitzpatrick.
Le résultat est une contrebande structurelle : le cajou béninois — dont la qualité est particulièrement appréciée sur le marché indien — transite par le port de Lomé ou des ports nigérians pour rejoindre les circuits d’exportation régionaux, contournant ainsi l’interdiction.
Une criminalisation des échanges et un risque sur la production
Les effets collatéraux de cette situation inquiètent l’analyste. « Cette situation a criminalisé les échanges dans le secteur », relève-t-il, ajoutant qu’un recul des prix au producteur pourrait inciter les agriculteurs à abandonner la culture du cajou pour se tourner vers d’autres filières. Le déploiement de forces militaires le long des frontières n’a pas suffi à endiguer les flux.
Le Bénin est aujourd’hui le seul pays d’Afrique de l’Ouest à avoir instauré une interdiction totale et officielle des exportations de cajou brut. Les autres producteurs régionaux — Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Nigeria, Togo — ont opté pour des approches plus graduées : taxes à l’exportation, périodes réservées à l’approvisionnement des unités locales ou quotas obligatoires de cession aux transformateurs. Des dispositifs qui préservent davantage la fluidité des échanges tout en orientant une partie de la matière première vers la transformation locale.
Certains observateurs estiment néanmoins qu’il est encore trop tôt pour tirer un bilan définitif d’une politique sans équivalent dans la région. La montée en puissance de la GDIZ et le renforcement des capacités financières des industriels locaux pourraient, à terme, modifier l’équation — à condition que les producteurs restent dans la filière.
E.N.




