La Banque ouest-africaine de développement franchit une nouvelle frontière dans sa stratégie de financement. Son président Serge Ekué a confirmé, lors d’une interview accordée à quatre médias en marge des BOAD Development Days de Lomé, que l’institution travaille à l’émission de warrants — des titres hybrides cotés en bourse offrant une exposition économique au capital de la BOAD sans conférer de droits de gouvernance. Si elle se concrétise, l’opération constituerait une première pour toute banque multilatérale de développement africaine.
L’instrument qui résout le dilemme gouvernance-liquidité
L’idée répond à une demande précise des investisseurs institutionnels. « Certains nous disent : j’aime votre business, mais je veux un instrument coté, liquide, valorisé, dont je peux sortir sans frictions, et qui paye. Comment offrir un rendement sans ouvrir la gouvernance ? », résume Ekué.
Le warrant répond à cette double exigence : coté en bourse avec valorisation quotidienne et liquidité sur le marché secondaire, il offre une exposition à la performance de la BOAD sans diluer le contrôle des actionnaires régionaux — les huit États membres et la BCEAO, qui détiennent environ 80 % du capital. « Un principe est gravé dans le marbre : nos actionnaires régionaux ne seront pas dilués », a rappelé Ekué. Le warrant permettrait de capter une nouvelle catégorie d’investisseurs — ceux qui cherchent une exposition au capital avec une sortie liquide — sans toucher à la structure de gouvernance.
Une innovation dans la continuité d’une série de premières
L’annonce s’inscrit dans une trajectoire d’innovations financières accélérée depuis 2021 : première obligation durable de 750 millions d’euros, premier programme de titrisation en 2023, deux émissions hybrides privées, une émission hybride publique de 500 millions de dollars à 30 ans en février 2025 — une première pour une BMD africaine — et un milliard de dollars levé sur les marchés internationaux en octobre 2025, montant inédit pour la BOAD.
Chaque instrument a obéi à la même logique : élargir la base d’investisseurs et accroître la capacité de prêt sans alourdir la structure de gouvernance ni dépendre des dotations publiques des États membres. Le warrant prolongerait cette trajectoire vers un segment de marché encore inexploré par les banques de développement du continent.
Les paramètres opérationnels restent à préciser : calendrier d’émission, place de cotation, devise, montant, sous-jacent exact et mécanisme de rémunération n’ont pas encore été communiqués.
A.S.




