Depuis le 1er juillet 2026, le Liberia interdit pour une durée indéterminée l’exportation de caoutchouc naturel non transformé — latex, coagulum, cup lump, résidus d’écorce et toute autre forme brute. Quelques mois plus tôt, en avril 2026, le Ghana avait adopté une mesure similaire avec une interdiction de dix ans sur les exportations de caoutchouc brut, à effet immédiat. Dans les deux cas, la justification est identique : capter davantage de valeur ajoutée localement et accélérer l’industrialisation de la filière.
Un mouvement porté par l’exemple ivoirien
Ces décisions s’inscrivent dans le sillage de la politique engagée par la Côte d’Ivoire, premier producteur africain. Depuis novembre 2023, le Conseil Hévéa-Palmier à Huile-Coco (CHPHC) interdit les exportations de fonds de tasses — principale forme brute de collecte — pour privilégier les unités de transformation locales. Abidjan affiche depuis 2021 l’objectif de porter son taux de transformation primaire à 100 %. En juin 2025, estimant que la première transformation est désormais saturée, le régulateur a suspendu les nouvelles autorisations d’usines sur ce segment et oriente les investisseurs vers la seconde transformation — fabrication de pneus, produits techniques, caoutchouc moulé — encore largement marginale.
Le résultat est visible dans les chiffres : en 2025, la Côte d’Ivoire a exporté 1,97 million de tonnes de caoutchouc, dont 98 % sous forme de TSNR — caoutchouc techniquement spécifié issu de la première transformation industrielle.
Un manque à gagner de 100 millions de dollars par an pour le Ghana
L’enjeu économique est considérable. Comme le soulignait en septembre dernier Emmanuel Akwasi Owusu, président de l’Association des transformateurs de caoutchouc du Ghana : transformer le brut vendu à 600 dollars permet d’en tirer 900 dollars supplémentaires par tonne. Selon lui, le faible niveau de transformation représentait un manque à gagner évalué à plus de 100 millions de dollars par an pour le Ghana.
En 2025, le Ghana a exporté environ 104 370 tonnes de caoutchouc, dont plus de la moitié sous forme brute non transformée et seulement 39 % de TSNR. Le Liberia affiche une meilleure performance relative — près de 70 % de TSNR dans ses 101 232 tonnes exportées — mais reste loin du niveau ivoirien.
Pour les trois pays, l’enjeu des prochaines années sera de traduire ces décisions réglementaires en capacités industrielles réelles — usines de première et seconde transformation, accès au financement pour les opérateurs, débouchés à l’export — sans fragiliser les revenus des producteurs qui vendent aujourd’hui au cours international, indépendamment de la forme du produit.
A.S.




