Dans l’UEMOA, près de trois francs sur quatre perçus par les États en 2025 ont été consacrés au remboursement de la dette. Le service de la dette a atteint en moyenne 71,9 % des recettes publiques hors dons, selon le rapport sur les politiques communes de la zone publié en juin par le FMI. Ce ratio — qui mesure l’ensemble des remboursements en capital et en intérêts par rapport aux ressources propres des huit États membres — illustre l’étroitesse de la marge budgétaire disponible pour financer l’éducation, la santé, les infrastructures et la sécurité.
Des écarts abyssaux entre États membres
La moyenne masque des disparités extrêmes. La Guinée-Bissau dépasse 210 % des recettes, tirée par des échéances concentrées sur le marché régional. Le Niger et le Sénégal franchissent eux aussi la barre des 100 %. À l’opposé, le Burkina Faso se maintient autour de 33 % et le Bénin sous les 50 %. Le Togo se situe dans la fourchette haute à 73,8 %, légèrement au-dessus de la moyenne régionale.
5 000 milliards FCFA d’émissions nettes sur le marché régional, le double des prévisions
Cette pression s’explique en grande partie par les modalités de financement adoptées faute d’un accès suffisant aux marchés internationaux. Plusieurs États se sont massivement tournés vers le marché régional des titres publics géré par UMOA-Titres, à des maturités courtes dont les échéances arrivent rapidement. Les émissions nettes y ont atteint environ 5 000 milliards FCFA en 2025 — soit 8,71 milliards de dollars — près du double des prévisions initiales selon la BCEAO.
Cette surreprésentation se traduit directement dans les taux : en 2025, les signatures les mieux notées de l’Union empruntaient à un an autour de 7,1 %, quand les autres devaient concéder 9,6 % en moyenne, soit un écart de 250 points de base au sein d’une même zone monétaire — un signal d’alerte sur la fragmentation du marché régional.
Une détente attendue en 2026, sous conditions
Le FMI anticipe un reflux du service de la dette à 66,1 % des recettes en 2026, à mesure que la consolidation budgétaire se poursuit et que les recettes fiscales progressent. L’institution maintient toutefois une mise en garde : les besoins de financement nets des États pour 2026 sont estimés à environ 5 500 milliards FCFA, un montant que le FMI juge potentiellement excessif au regard de la capacité d’absorption du marché régional. Les autorités de l’Union estiment pour leur part ces besoins plus proches de 4 000 milliards — un écart d’appréciation qui illustre la principale variable de risque à surveiller pour la stabilité financière de la zone en 2026.
Y.H.




