Moody’s Ratings a confirmé jeudi 23 juillet la note Baa1 de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), maintenant l’institution de Lomé en catégorie investissement avec une perspective stable. Cette confirmation intervient au moment où la BOAD lance son plan quinquennal « Djoliba, la suite » — 6 500 milliards FCFA (11,3 milliards de dollars) sur 2026-2030, soit près du double du cycle précédent. Les marchés obligataires internationaux étant sa principale source de refinancement, cette note détermine directement le coût auquel elle peut emprunter pour mettre en œuvre ce programme.
Des fonds propres en hausse de 73 % et un taux d’impayés à 2,1 %
Moody’s fonde son appréciation sur deux piliers. Le premier est la solidité du bilan : les fonds propres mobilisables ont progressé de 73 % entre 2021 et 2025, portant le ratio fonds propres sur engagements pondérés à 23,8 % en 2025 contre 21,5 % un an plus tôt. Cette amélioration résulte de l’augmentation de capital de 2022, renforcée par des obligations hybrides — comptabilisées en partie comme fonds propres, elles représentent environ 14 % du total — et par des mécanismes de transfert de risque couvrant près d’un quart du portefeuille de prêts.
La qualité du portefeuille s’est également améliorée : les impayés sont descendus à 2,1 % des encours à fin 2025, contre 2,7 % en 2021. Un niveau à relativiser toutefois au regard de l’environnement de risque : les États de l’UEMOA concentrent les trois quarts des engagements de la banque, et trois d’entre eux — le Sénégal (Caa1), le Mali (Caa2) et le Niger (Caa3) — sont classés dans la catégorie très spéculative par Moody’s. L’agence retient comme scénario central qu’une éventuelle restructuration sénégalaise n’affecterait pas les créances de la BOAD, les États continuant de servir en priorité leurs obligations envers l’institution.
La BCEAO actionnaire et prêteur de dernier ressort
Le second pilier est monétaire. La BCEAO, premier actionnaire avec 36 % du capital souscrit, garantit statutairement à la BOAD l’accès à son guichet de refinancement — un filet de sécurité considéré comme un recours de dernier ressort par l’agence. Les liquidités disponibles couvraient par ailleurs 97,1 % des sorties de trésorerie prévues sur les dix-huit mois suivants.
Le défi du nouveau cycle : accélérer sans dégrader les ratios
La solidité actuelle tient en partie à un décalage favorable : les fonds propres ont été renforcés beaucoup plus vite que les encours de prêts, qui n’ont progressé que de 5 % par an en moyenne depuis 2021. Le nouveau plan stratégique devrait accélérer le rythme des financements. Moody’s estime que les ratios pourront être préservés grâce aux versements des États membres, à l’entrée de nouveaux actionnaires bien notés — dont la BAD récemment — et au recours continu aux mécanismes de transfert de risque.
La divergence entre agences reste notable : Fitch attribue BBB à la BOAD depuis avril 2025, soit un cran en dessous, tandis que l’agence japonaise JCR lui a accordé en mai un A — trois crans au-dessus de Moody’s — à l’issue d’une analyse qui intègre davantage le mécanisme de titrisation dans la valorisation des fonds propres.
Y.H.




