UBA : les filiales de la zone franc deviennent le principal moteur de rentabilité du groupe

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Pendant longtemps, les performances de United Bank for Africa (UBA) ont été analysées à travers le prisme du Nigeria. Mais les résultats 2025 révèlent un basculement stratégique majeur : les filiales de la zone franc s’imposent désormais comme le cœur de la rentabilité du groupe bancaire panafricain.

Une recomposition silencieuse du centre de profit

Les états financiers publiés début 2026 montrent une chute de 47 % du bénéfice net consolidé, tombé à 405 milliards de nairas. Cette contre-performance s’explique en grande partie par la normalisation des effets de change et une hausse des provisions au Nigeria. Mais cette lecture masque une dynamique plus profonde : les filiales opérant dans l’espace UEMOA et CEMAC ont généré à elles seules 323 milliards de nairas, soit environ 80 % du résultat net du groupe.

Ce basculement est le résultat d’une trajectoire de long terme. Depuis 2020, la contribution des filiales CFA n’a cessé de croître, multipliant leur résultat net par plus de huit en cinq ans. La dévaluation du naira en 2023 avait temporairement masqué cette tendance, en gonflant artificiellement les performances de la maison-mère. La normalisation observée en 2025 remet en lumière la solidité structurelle des activités hors Nigeria.

L’UEMOA portée par la locomotive ivoirienne

Au sein de la zone franc, l’UEMOA concentre l’essentiel de la performance avec 217 milliards de nairas de bénéfices en 2025. Et à l’intérieur de cet espace, un marché domine largement : la Côte d’Ivoire.

La filiale UBA Côte d’Ivoire a doublé son résultat net en un an pour atteindre 125 milliards de nairas. Elle représente à elle seule près de 40 % des bénéfices de la zone CFA et dépasse même l’ensemble des filiales de la CEMAC. Cette performance repose sur un environnement macroéconomique favorable, un portefeuille de crédit maîtrisé et le dynamisme du tissu entrepreneurial local.

Les autres marchés de l’UEMOA affichent des performances plus contrastées. Le Bénin et le Burkina Faso enregistrent des progressions solides, tandis que le Sénégal recule fortement dans un contexte de tensions sur la dette souveraine, et que le Mali voit sa contribution devenir marginale.

Une CEMAC plus fragile

Dans la zone CEMAC, la dynamique apparaît plus volatile. Le bénéfice net global recule à 106 milliards de nairas en 2025. La filiale camerounaise, principale contributrice, subit une forte hausse des provisions sur créances, traduisant une dégradation du risque de crédit. À l’inverse, certaines entités comme le Congo-Brazzaville affichent des progressions significatives.

Un succès stratégique… et un nouveau risque

La montée en puissance des filiales francophones constitue une réussite stratégique pour UBA, qui s’impose désormais comme un acteur bancaire majeur sur ces marchés, au même titre que des groupes historiquement implantés comme Ecobank.

Mais cette transformation soulève également un enjeu de concentration des risques. La dépendance croissante à la zone CFA, et plus particulièrement à la Côte d’Ivoire, expose le groupe à un choc potentiel en cas de dégradation du marché ivoirien.

Ce repositionnement redessine ainsi la géographie financière d’UBA : d’un groupe centré sur le Nigeria, il évolue vers un modèle panafricain où la croissance et la rentabilité se jouent désormais largement en Afrique francophone.

E.N.

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