Face à une demande d’électricité en forte croissance et à des fragilités structurelles persistantes, le Ghana accélère sa stratégie énergétique en misant sur le gaz naturel domestique. Le président John Dramani Mahama a annoncé la construction prochaine d’une centrale à gaz de 1200 MW, un projet structurant destiné à renforcer la stabilité du réseau et à réduire les coûts de production.
Une réponse à une demande électrique en hausse
La consommation électrique du pays connaît une progression rapide, portée par la croissance économique et les investissements. La demande de pointe est ainsi passée d’environ 3500 MW à 4300 MW, créant une pression accrue sur les capacités existantes.
Dans ce contexte, la future centrale vise à introduire une capacité additionnelle significative, équivalente à près de 28 % de la demande actuelle. Elle permettra non seulement de sécuriser l’approvisionnement, mais aussi d’améliorer la redondance du système électrique, encore vulnérable aux chocs.
Le gaz domestique comme levier de compétitivité
Le projet s’appuie sur l’exploitation accrue des ressources gazières locales issues notamment des champs offshore Jubilee et OCTP. Selon le ministre des Finances Cassiel Ato Forson, la centrale sera alimentée par un volume additionnel de 150 millions de pieds cubes standard de gaz par jour.
Cette orientation répond à un objectif clair : réduire fortement les coûts de production électrique. Une analyse de Deloitte estime en effet que le recours au gaz local pourrait diminuer ces coûts jusqu’à 75 %, en limitant la dépendance aux combustibles importés.
Le projet prévoit également l’accélération du Ghana Gas Processing Plant 2 (GPP-2), infrastructure clé pour le traitement et l’acheminement du gaz vers les centrales.
Un retour de l’État dans la production d’électricité
Fait notable, la centrale sera détenue par l’État, marquant un tournant dans la politique énergétique du pays. Depuis deux décennies, la production électrique ghanéenne est largement dominée par des producteurs indépendants.
Ce repositionnement traduit la volonté des autorités de reprendre un rôle plus actif dans un secteur jugé stratégique, notamment pour mieux maîtriser les coûts et les équilibres financiers.
Un secteur énergétique sous pression financière
Cette annonce intervient dans un contexte de fortes tensions économiques. Le secteur électrique ghanéen affiche un déficit de 2,2 milliards de dollars en 2024, malgré d’importants transferts publics.
Les projections du FMI évoquent une dette cumulée pouvant dépasser 9 milliards de dollars d’ici fin 2026 si aucune réforme structurelle n’est engagée. Parmi les facteurs clés figure la faible performance de Electricity Company of Ghana, qui ne recouvre qu’environ 62 % de l’électricité facturée.
Une vulnérabilité mise en évidence par les récents incidents
La fragilité du système a été illustrée par l’incendie survenu le 23 avril au barrage d’Akosombo, entraînant une perte immédiate d’environ 1000 MW, aggravée par une baisse de production à la station de Kpong.
Cet événement, qualifié de perturbation majeure par le ministre de l’Énergie John Jinapor, a mis en lumière la dépendance du pays à une infrastructure hydroélectrique centrale.
Une ambition régionale affirmée
Au-delà des besoins domestiques, le Ghana entend également renforcer sa position d’exportateur d’électricité en Afrique de l’Ouest, notamment vers le Burkina Faso, via le réseau du West African Power Pool.
La future centrale à gaz s’inscrit ainsi dans une double logique : sécuriser l’approvisionnement national tout en générant des recettes en devises grâce aux exportations régionales.
En combinant gaz domestique et nouvelles capacités de production, le Ghana tente de construire un système énergétique plus résilient. Reste à savoir si cette stratégie s’accompagnera des réformes structurelles nécessaires pour assainir durablement les finances du secteur.
A.S.




