Ghana : le cacao de contrebande fragilise un secteur déjà sous tension

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Au Ghana, la filière cacao fait face à une nouvelle zone de turbulence. Alors que la campagne 2025/2026 se déroule dans un environnement déjà marqué par des tensions financières et commerciales, le régulateur accuse certaines compagnies d’achat agréées d’alimenter un circuit de contrebande transfrontalière qui menace la réputation du cacao national.

Le Conseil du cacao du Ghana (Cocobod) a en effet révélé que certaines Licensed Buying Companies (LBC), pourtant financées par l’organisme public pour collecter légalement les fèves auprès des producteurs locaux, se procureraient du cacao introduit illicitement depuis des pays voisins, notamment la Côte d’Ivoire.

L’arbitrage économique est évident. Le prix bord-champ d’un sac de 64 kg de cacao ivoirien tourne autour de 1 200 cedis (106 dollars), contre 2 587 cedis (229 dollars) au Ghana. Cet écart tarifaire crée une forte incitation à la contrebande, permettant à certains opérateurs de maximiser leurs marges en intégrant des fèves meilleur marché dans les circuits officiels d’exportation.

Pour le Cocobod, l’enjeu dépasse la seule question financière. Le mélange de fèves d’origines différentes pourrait altérer la qualité homogène qui fait historiquement la réputation du cacao ghanéen sur les marchés internationaux, où cette prime qualitative constitue un avantage compétitif majeur. Des enquêtes ont été ouvertes, même si les entreprises concernées n’ont pas été nommément désignées.

L’Association des acheteurs agréés rejette toutefois l’idée d’un système organisé et évoque plutôt des comportements isolés imputables à certains intermédiaires motivés par des gains personnels.

Cette controverse intervient dans un contexte déjà particulièrement tendu entre les acheteurs et le régulateur. Depuis plusieurs mois, les LBC alertent sur de graves difficultés de trésorerie qui compromettent leur capacité à collecter les fèves sur le terrain.

En mars, le Cocobod avait annoncé avoir mobilisé 4,2 milliards de cedis (372 millions de dollars) pour soutenir ces opérateurs. Mais selon les acheteurs, ces fonds ont principalement servi à éponger des arriérés accumulés, sans réellement restaurer les capacités de financement nécessaires à la campagne en cours.

La situation est aggravée par un lourd endettement bancaire. En février, les acheteurs avaient reconnu porter jusqu’à 750 millions de dollars de dettes contractées auprès des banques locales pour préfinancer les campagnes précédentes.

Au-delà des tensions internes, la filière évolue aussi dans un environnement international plus complexe. La baisse des cours mondiaux du cacao, combinée aux difficultés de commercialisation, pèse sur les équilibres financiers du régulateur, alors même que le pays espère un rebond de la production.

Le Ghana table en effet sur une récolte supérieure à 650 000 tonnes pour la campagne 2025/2026, contre environ 600 000 tonnes un an plus tôt. Mais entre fragilité financière, tensions commerciales et risques de contrebande, la capacité du pays à pleinement tirer parti de cette reprise reste incertaine.

E.N.

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