Le temps des déclarations d’intention est révolu. C’est le message qu’a voulu faire passer le vice-ministre ghanéen des Finances, Thomas Nyarko Ampem, en ouvrant les travaux de la Table ronde sur l’investissement rizicole, lancée mardi 2 juin à Accra pour deux jours. Co-organisé par la Commission de la CEDEAO, le gouvernement ghanéen et le Groupe de la Banque mondiale, ce rendez-vous de haut niveau vise un objectif concret : sortir des engagements financiers fermes pour financer la feuille de route régionale sur le riz à horizon 2035.
24 milliards de dollars pour atteindre l’autosuffisance
Le chiffre donne la mesure du défi. Déployer la Feuille de route régionale pour le riz 2025–2035 — approuvée en décembre 2024 par les chefs d’État de la CEDEAO à Abuja — nécessiterait jusqu’à 24 milliards de dollars sur dix ans. Dont 19 milliards en dépenses d’investissement, prioritairement fléchées vers le stockage, la transformation et la mécanisation, et 5 milliards en dépenses opérationnelles pour améliorer l’accès au financement et aux intrants agricoles.
L’objectif final est clair : atteindre 34 millions de tonnes de riz blanchi produit dans la région, un niveau qui permettrait à l’Afrique de l’Ouest de couvrir sa demande intérieure. Aujourd’hui, le taux d’autosuffisance régional plafonne à environ 60 %, tandis que les importations atteignent déjà 3,5 milliards de dollars par an — avec une demande qui progresse de 4 % annuellement contre seulement 3 % pour la production.
Des projets bancables déjà sur la table
Pour convaincre les investisseurs privés et les banques commerciales présents à Accra, les organisateurs s’appuient sur les 13 Plans d’action nationaux d’investissement rizicole (PANIR) déjà élaborés et validés par autant d’États membres. Ces documents identifient des portefeuilles de projets concrets et des bassins de production prioritaires, avec des rendements attendus explicitement chiffrés.
Parmi les opportunités mises en avant : le déploiement de 3 500 systèmes communautaires d’irrigation solaire, qui pourrait augmenter les rendements de 2 à 3 tonnes par hectare et générer un retour sur investissement de 20 à 30 % pour un coût de 43 millions de dollars, au bénéfice de 50 000 agriculteurs. La formation de 7 000 entrepreneurs semenciers sur 300 000 hectares, évaluée à 14 millions de dollars, pourrait quant à elle générer 0,6 million de tonnes de riz paddy supplémentaires.
Ces projets bénéficient par ailleurs du soutien de l’initiative AgriConnect du Groupe de la Banque mondiale, lancée en octobre 2025 pour transformer l’agro-industrie au profit de 250 millions de petits exploitants dans le monde, avec le riz ouest-africain identifié comme une chaîne de valeur prioritaire.
Un pacte régional et un observatoire pour tenir les engagements
À l’issue des deux jours de travaux, plusieurs résultats sont attendus : des promesses d’investissement sous forme de lignes de crédit, garanties ou partenariats public-privé, et l’adoption d’un Pacte régional d’investissement rizicole qui formalisera les engagements des parties prenantes. La CEDEAO compte également revitaliser son Observatoire du riz pour assurer le suivi des engagements et la coordination des interventions à l’échelle régionale.
Y.H.




