Le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Ibrahim Konaté, a inauguré le 18 juin dans la zone industrielle PK 31 d’Attinguié ce qui est présenté comme la première unité commerciale de production à grande échelle de biochar issu des coques de noix de cajou en Afrique. Le projet est porté par le groupe singapourien Valency International et sa compatriote Revata Carbon, spécialisée dans la valorisation industrielle des déchets agricoles.
20 000 tonnes de coques traitées, objectif de 100 000 tonnes de biochar d’ici 2029
L’usine affiche une capacité initiale de 20 000 tonnes de coques traitées par an, pour environ 6 000 tonnes de biochar produites — un amendement organique utilisé pour améliorer la structure des sols et leur capacité de rétention d’eau, ainsi que comme alternative durable au charbon de bois ou minéral. Le coût de l’investissement n’a pas été dévoilé. Les responsables du site projettent déjà une montée en puissance vers 100 000 tonnes de biochar par an à l’horizon 2029, soit une multiplication par plus de 16 de la capacité actuelle.
Pour la filière anacarde ivoirienne, premier producteur mondial de noix brutes et troisième transformateur après le Vietnam et l’Inde, ce projet ouvre un nouveau maillon de valeur ajoutée sur un sous-produit jusqu’ici considéré comme un déchet. En 2025, la Côte d’Ivoire a exporté pour près de 728,11 milliards FCFA — environ 1,27 milliard de dollars — de noix et d’amandes de cajou, des recettes que le développement de l’industrie du biochar pourrait contribuer à renforcer.
Un marché mondial porté par la demande agricole et le carbone
Le biochar reste un marché de niche, mais en forte croissance. Selon Global Market Insights, sa taille mondiale devrait passer de 109,3 millions de dollars en 2026 à 320,8 millions en 2035, soit une croissance annuelle moyenne de 12,7 %. Cette dynamique repose sur deux moteurs distincts : l’adoption croissante de pratiques agricoles durables face à l’érosion des sols et à la surutilisation d’intrants chimiques, et le développement du marché volontaire du carbone, qui valorise le biochar comme méthode d’élimination du CO2 éligible à des crédits carbone certifiés — un modèle économique à double revenu, entre vente de produit et vente de crédits.
Un signal plus large : la structuration d’une économie de la biomasse en Côte d’Ivoire
L’usine d’Attinguié s’inscrit dans une dynamique qui dépasse la seule filière anacarde. Une centrale de 76 MW en développement à Divo depuis juin 2025 ambitionne de valoriser jusqu’à 600 000 tonnes de sous-produits du cacao et de l’hévéa pour produire de l’électricité injectée au réseau national. Un partenariat avec le groupe italien Eni, initié en 2024, structure par ailleurs une filière naissante de biocarburants à base de graines d’hévéa.
Ces investissements convergents dessinent une économie de la biomasse agricole où les sous-produits longtemps considérés comme des déchets deviennent des actifs industriels, énergétiques et climatiques à part entière — une diversification qui pourrait, à terme, devenir un relais de croissance significatif pour l’agro-industrie ivoirienne.
Y.H.




