L’APROCOT-CI a annoncé le 24 juin un objectif de production de 400 000 tonnes de coton graine pour la campagne 2026/2027 — un niveau qui constituerait la troisième meilleure performance de la filière depuis 2020/2021 et permettrait à la Côte d’Ivoire de réduire son retard sur le Bénin, le Mali et le Burkina Faso. L’ambition affichée traduit surtout la volonté de tourner la page d’un exercice 2025/2026 marqué par de fortes déceptions.
Une enveloppe record de 25,3 milliards FCFA n’a pas suffi
L’an dernier, le gouvernement avait pourtant mis les moyens. Le ministre de l’Agriculture Kobenan Kouassi Adjoumani avait annoncé en juillet une enveloppe de subventions de 25,3 milliards FCFA — soit 43,8 millions de dollars, deux fois supérieure au budget précédent — comprenant un soutien de 44 FCFA par kilogramme sur le prix payé aux producteurs et une subvention additionnelle de 18 000 FCFA par hectare. Le prix d’achat avait été maintenu à 310 FCFA/kg, avec un objectif ambitieux de 550 000 tonnes, proche du record de 559 266 tonnes établi en 2020/2021.
Le résultat n’a pas suivi : la récolte n’a atteint que 310 398 tonnes, le deuxième plus faible niveau en cinq ans. Selon Brou Kouakou, directeur exécutif de l’APROCOT-CI, de faibles précipitations en juin ont compromis l’implantation des cultures dans plusieurs zones, tandis que la hausse des coûts de production — liée aux tensions au Moyen-Orient et au renchérissement du carburant — a pesé sur le prix des engrais et pesticides.
Une fuite des producteurs vers le soja et l’anacarde
Le signal le plus préoccupant concerne la base productive : le nombre de cotonculteurs est passé de 99 793 à 79 979 en un an, soit un recul de près de 20 %. Le Département américain de l’Agriculture (USDA) attribue ce repli à un arbitrage économique défavorable au coton, les agriculteurs se réorientant vers des cultures jugées plus rentables, comme le soja et la noix de cajou — une concurrence directe pour les terres et la main-d’œuvre que la filière cotonnière devra désormais prendre en compte dans sa stratégie de relance.
Seul motif de satisfaction : le rendement à l’hectare s’est nettement amélioré, passant de 871 kg à 1,14 tonne par hectare entre les deux campagnes, malgré une baisse de 18,7 % des superficies cultivées, ramenées à 290 208 hectares — un signe que l’intensification des pratiques agricoles progresse, même si elle ne compense pas encore le recul du nombre de producteurs.
600 000 tonnes visées à l’horizon 2030
Au-delà de l’objectif 2026/2027, l’APROCOT-CI affiche une ambition de long terme : porter la production à 600 000 tonnes d’ici 2030. Aucun détail n’a encore été communiqué sur les superficies ou rendements visés pour y parvenir. La période de semis en cours, qui doit s’achever fin juin, et la récolte attendue entre octobre et janvier constitueront un premier test de crédibilité pour cette nouvelle trajectoire.
La filière repose sur six entreprises principales : la Compagnie ivoirienne pour le développement du textile (CIDT), Global Cotton, Ivoire Coton, la Compagnie Ivoirienne de Coton (COIC), la Société d’exploitation cotonnière (SECO-OLAM) et la Société Industrielle Cotonnière des Savanes (SICOSA 2.0).
A.S.




