Nigeria : Tinubu maintient le cap sur la réforme fiscale malgré la fronde politique

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Au Nigeria, la réforme fiscale portée par le président Bola Ahmed Tinubu continue de cristalliser de fortes tensions politiques. En dépit des critiques et des appels à la suspension du texte, le chef de l’État a confirmé l’entrée en vigueur, au 1er janvier 2026, du nouveau Tax Act, présenté par l’exécutif comme un pilier central du redressement des finances publiques.

L’opposition, emmenée par le Peoples Democratic Party (PDP), dénonce toutefois une réforme jugée brutale et entachée d’irrégularités. Dans un communiqué publié mardi 30 décembre, le parti affirme que la version finale promulguée du texte diffère de celle adoptée par l’Assemblée nationale. Selon le PDP, certaines dispositions supprimées lors des débats parlementaires auraient été réintroduites dans le document officiel, alimentant des soupçons de manipulation du processus législatif.

« Des Nigérians de tous horizons ont exprimé leur indignation face à l’introduction furtive de dispositions dangereuses, pourtant rejetées par le Parlement », affirme l’opposition, qui réclame l’ouverture d’une enquête afin d’identifier les responsables de ces modifications présumées.

Au cœur de la controverse, la réforme repose sur quatre lois fiscales adoptées en juin 2025, dont le Nigeria Tax Act et le Nigeria Tax Administration Act. Le dispositif prévoit une refonte en profondeur de l’architecture fiscale du pays. Parmi les mesures phares figurent le relèvement de l’impôt sur les plus-values des entreprises de 10 % à 30 %, l’instauration d’un taux d’imposition minimum effectif de 15 % pour les grandes entreprises et groupes multinationaux, ainsi que la création d’un impôt de développement de 4 % destiné à remplacer plusieurs taxes sectorielles existantes.

La réforme introduit également une fiscalité progressive sur les revenus des particuliers, tout en exonérant les très petites entreprises. Elle s’accompagne d’un renforcement des capacités de collecte, avec la mise en place d’un Nigeria Revenue Service unifié, l’obligation de facturation électronique et des sanctions accrues en cas de non-conformité.

Face aux critiques, Bola Ahmed Tinubu assume une réforme qu’il qualifie d’« opportunité générationnelle ». Selon le président, ces nouvelles lois doivent permettre d’élargir durablement l’assiette fiscale, d’améliorer la cohérence du système et de réduire la dépendance du Nigeria aux recettes pétrolières. Il rejette toute idée de suspension, estimant qu’« aucune anomalie substantielle n’a été établie justifiant une interruption du processus ».

Le chef de l’État insiste sur le fait que la réforme n’a pas vocation à alourdir la pression fiscale globale, mais à réorganiser un système jugé inefficace et fragmenté, afin de renforcer le contrat social entre l’État et les citoyens. Il appelle à éviter, selon ses termes, des décisions « réactives et prématurées » susceptibles de compromettre les objectifs de long terme.

Pour le PDP, cette séquence s’inscrit dans une dynamique plus large depuis l’arrivée au pouvoir de Bola Tinubu en 2023. Le parti d’opposition estime que l’exécutif privilégie la consolidation budgétaire au détriment des conditions de vie de la population, citant notamment la suppression des subventions sur les carburants, qui avait provoqué une forte hausse des prix et pesé sur le pouvoir d’achat.

L’opposition réclame ainsi la suspension immédiate de l’entrée en vigueur du Tax Act, le temps de clarifier les divergences dénoncées. À défaut, prévient-elle, la confiance des citoyens dans le processus législatif pourrait être durablement fragilisée. Une mise en garde alors que le Nigeria tente de concilier impératifs de redressement budgétaire et acceptabilité sociale des réformes, dans un contexte économique toujours sous tension.

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