Après dix ans de réformes, l’agriculture du Bénin s’impose comme l’un des piliers de la transformation économique. L’arrivée de Romuald Wadagni ouvre une nouvelle phase, orientée vers l’industrialisation du secteur, dans un contexte international marqué par des tensions sur les intrants et les chaînes d’approvisionnement .
Une mutation structurelle portée par les réformes
Sous l’impulsion de Patrice Talon, l’agriculture béninoise a connu une transformation profonde. Le Programme d’action du gouvernement (PAG) et le Plan stratégique de développement du secteur agricole (PSDSA) ont placé la modernisation du secteur au cœur des politiques publiques, avec des investissements soutenus dans la mécanisation et l’irrigation .
Les superficies irriguées ont ainsi été multipliées par plus de quatre, passant de 6 200 hectares en 2016 à plus de 26 000 hectares en 2025. Parallèlement, l’État a structuré les filières autour de treize chaînes de valeur prioritaires, appuyées par des institutions dédiées comme la SoNaMa ou la SoBAA .
Des performances agricoles en forte progression
Ces réformes se traduisent par une amélioration notable des indicateurs. Le secteur agricole représente désormais plus de 26 % du PIB et bénéficie d’un niveau d’investissement public supérieur à 10 % des dépenses de l’État, en ligne avec les engagements de l’Union africaine .
Sur le plan productif, plusieurs filières affichent des performances remarquables :
- le riz, dont la production dépasse désormais 600 000 tonnes ;
- le soja, en forte expansion avec 650 000 tonnes en 2024 ;
- le coton, qui positionne le pays comme premier producteur africain ;
- le cajou, dont la transformation locale se développe, notamment dans la Zone industrielle de Glo-Djigbé.
Les productions animales progressent également, avec des hausses significatives dans les segments de la viande, des œufs et de la pêche .
Un impact économique réel mais encore inégal
Cette dynamique a permis la création de plus de 300 000 emplois depuis 2016 et une amélioration des revenus agricoles, soutenue par des mécanismes de financement comme le Fonds national de développement agricole.
Cependant, les effets restent contrastés. Le secteur demeure confronté à des contraintes structurelles, notamment l’accès limité aux intrants, la dépendance à quelques cultures d’exportation et un niveau encore insuffisant de transformation locale .
Malgré les progrès, des poches d’insécurité alimentaire persistent, illustrant les défis d’inclusion et de résilience auxquels le secteur reste confronté.
Une nouvelle phase sous contraintes internationales
La nouvelle stratégie portée par Romuald Wadagni vise à accélérer l’industrialisation agricole, avec un accent sur la transformation locale, la mécanisation, l’irrigation et l’innovation technologique. Elle inclut également des mesures pour améliorer l’accès au financement et renforcer la protection sociale des agriculteurs .
Cette ambition devra toutefois composer avec un environnement international plus contraint. La hausse des prix des engrais, notamment de l’urée (+35 % début 2026 selon la Banque africaine de développement), illustre la vulnérabilité du modèle agricole aux chocs extérieurs.
Consolider les acquis, réussir la transformation
Au terme de la décennie Talon, le Bénin dispose d’un secteur agricole modernisé et mieux structuré. Le défi de la nouvelle gouvernance sera désormais de consolider ces acquis tout en opérant une montée en gamme vers une agriculture plus résiliente, inclusive et tournée vers la transformation locale.
Dans un contexte de volatilité des marchés et de pression sur la sécurité alimentaire, cette capacité d’adaptation sera déterminante pour soutenir durablement la croissance du pays.
A.S.




