Le marché du riz en Afrique de l’Ouest entre dans une phase de recomposition sous l’effet de décisions politiques nationales visant à protéger les filières locales. Après le durcissement des conditions d’importation au Bénin, c’est désormais le Burkina Faso qui a annoncé, le 29 avril, la suspension immédiate de ses importations de riz.
Une stratégie de protection des filières locales
La décision burkinabè s’accompagne de la suspension des Autorisations Spéciales d’Importation (ASI), avec une période transitoire de deux mois. L’objectif affiché est clair : favoriser l’écoulement de la production nationale et réduire la dépendance aux importations, notamment en provenance d’Asie.
Cette orientation s’inscrit dans une tendance régionale plus large, où plusieurs États cherchent à renforcer leur souveraineté alimentaire face à des importations à bas prix.
Des effets en chaîne sur le commerce régional
Ces mesures ont des répercussions immédiates sur les flux commerciaux. Les exportateurs indiens, fortement positionnés sur le marché ouest-africain, se retrouvent confrontés à une contraction de leurs débouchés traditionnels.
Au Bénin, les nouvelles règles imposent désormais aux importateurs des exigences strictes : ancienneté minimale, conformité fiscale, capacités logistiques renforcées, ainsi qu’un dépôt de garantie d’un milliard FCFA. Cette réforme a déjà provoqué une redirection des cargaisons vers le Togo, notamment via le port de Lomé.
Cependant, avec la fermeture du marché burkinabè, ces circuits alternatifs se retrouvent eux aussi fragilisés, faisant planer un risque d’accumulation des stocks portuaires et de pression à la baisse sur les prix.
Le Nigeria, pivot potentiel du marché
Dans ce contexte, le Nigeria pourrait émerger comme un nouveau centre de gravité du commerce régional du riz. Déjà, une part importante des importations transitant par le Bénin est destinée, de manière informelle, au marché nigérian.
Les données indiquent qu’en 2025, environ 1,57 million de tonnes de riz non basmati ont été expédiées de l’Inde vers le Bénin, dont près de 90 % auraient été réexportées vers le Nigeria.
Une évolution récente pourrait toutefois transformer ces circuits. Abuja prévoit en effet une réduction significative des droits de douane à partir du 1er juillet :
- de 70 % à 47,5 % pour le riz en vrac,
- de 70 % à 30 % pour le riz brisé.
Cette baisse tarifaire pourrait inciter les importateurs à privilégier des flux directs vers le Nigeria, réduisant l’intérêt des circuits de contournement via les pays voisins.
Une recomposition structurelle du marché
Au-delà des ajustements conjoncturels, ces décisions traduisent une transformation plus profonde du marché du riz en Afrique de l’Ouest. Les États cherchent à arbitrer entre protection des producteurs locaux, sécurité alimentaire et stabilité des prix.
Toutefois, ces politiques comportent des risques : tensions sur l’offre à court terme, perturbation des chaînes logistiques et éventuelle montée du commerce informel.
L’évolution des prochains mois dépendra largement de la capacité des pays à soutenir efficacement leur production locale tout en maintenant un équilibre avec les besoins du marché.
E.N.




