Aliko Dangote relance l’un de ses projets les plus emblématiques : la double cotation internationale de son champion du ciment. Mais au-delà de cette opération, c’est une stratégie boursière d’une ampleur inédite qui se dessine pour le groupe nigérian, avec potentiellement trois introductions majeures en parallèle.
Le milliardaire nigérian a confirmé son intention de faire coter Dangote Cement Plc à la Bourse de Londres d’ici la fin de l’année 2026, en complément de sa cotation existante sur le Nigerian Exchange (NGX), où le groupe est présent depuis 2010.
L’annonce, faite dans un entretien accordé au Financial Times, marque le retour d’un projet longtemps repoussé. Devakumar Edwin, vice-président de Dangote Industries Limited, la holding du groupe, a également confirmé l’initiative auprès de Bloomberg.
Un projet relancé après quinze ans d’hésitations
L’ambition n’est pas nouvelle. Aliko Dangote reconnaît lui-même réfléchir à cette opération depuis de nombreuses années.
« Nous voulons une double cotation. Nous y pensons depuis sept à dix ans », a-t-il indiqué.
En réalité, les premières discussions remontent à 2011. Une tentative plus structurée avait émergé en 2018 avec le renforcement de la gouvernance du cimentier, notamment via l’arrivée de profils internationaux comme Cherie Blair et Mick Davis au conseil d’administration.
Mais les contraintes réglementaires britanniques, combinées à la mobilisation du groupe sur le chantier colossal de la raffinerie de Lagos, avaient gelé le projet.
Le changement de contexte réglementaire au Royaume-Uni semble avoir changé la donne. La réforme récente des conditions d’admission à Londres, jugées plus flexibles, aurait convaincu le groupe de réactiver le dossier.
Dangote Cement, un actif calibré pour séduire les investisseurs internationaux
Le timing apparaît favorable.
Dangote Cement reste le leader incontesté du ciment sur le continent africain, avec une capacité installée de 55 millions de tonnes par an répartie dans 11 pays.
Sur le marché nigérian, le titre a bondi de 129 % sur un an, portant la capitalisation boursière au-delà de 12 milliards de dollars.
Les performances financières renforcent l’attractivité du dossier. En 2025, le groupe a dégagé un bénéfice net de 732 millions de dollars, en progression de 102 %, pour un chiffre d’affaires de 3,12 milliards de dollars.
Au premier trimestre 2026, la dynamique reste soutenue avec une hausse de 35 % du bénéfice avant impôts, notamment portée par l’explosion des exportations de clinker depuis le Nigeria.
Si les conditions de marché restent favorables, la cotation londonienne pourrait intervenir autour de septembre.
Une stratégie beaucoup plus large que le seul ciment
L’opération sur Dangote Cement n’est cependant qu’un élément d’un plan plus ambitieux.
Le groupe prépare également l’introduction en Bourse de Dangote Refinery, actif industriel stratégique et plus grande raffinerie d’Afrique avec une capacité de 650 000 barils par jour.
L’opération envisagée porterait sur environ 10 % du capital, avec une valorisation évoquée entre 40 et 50 milliards de dollars. Plusieurs banques d’affaires ont déjà été mandatées pour structurer l’opération.
Le projet pourrait être listé sur le NGX, avec des ouvertures potentielles vers d’autres places africaines.
En parallèle, Dangote Fertiliser, opérateur de la plus grande usine d’urée du continent, pourrait également rejoindre les marchés boursiers après avoir déjà levé 750 millions de dollars via une émission obligataire privée en avril.
Un signal fort pour les marchés africains
Si ces trois opérations aboutissent, 2026 deviendra l’année la plus structurante de l’histoire financière du groupe Dangote.
Au-delà du groupe lui-même, l’enjeu est plus large. Une telle séquence d’introductions renforcerait la profondeur des marchés de capitaux africains, tout en illustrant la montée en puissance d’actifs industriels capables d’attirer des investisseurs internationaux sur des dossiers africains de grande taille.
Pour le Nigeria, ce serait aussi un signal fort de maturité financière, dans un contexte où Lagos cherche à consolider son rôle de hub régional des marchés de capitaux.
A.S.




