La Guinée entend accélérer la modernisation de son agriculture à travers la création d’une unité locale d’assemblage de tracteurs, un projet discuté le mercredi 6 mai entre la ministre de l’Agriculture, Aminata Kaba, et des représentants de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA).
Selon un communiqué du ministère, cette future installation devrait permettre de produire environ 200 tracteurs dès sa première année d’exploitation. Les autorités n’ont toutefois pas encore précisé le coût du projet, son implantation géographique ni le calendrier de mise en œuvre.
Réduire la dépendance aux importations
À travers cette initiative, Conakry cherche à répondre à une faiblesse structurelle de son agriculture : la très faible mécanisation des exploitations.
Comme dans de nombreux pays africains, l’activité agricole guinéenne repose encore majoritairement sur le travail manuel et la traction animale, ce qui limite fortement les gains de productivité, la capacité d’extension des surfaces cultivées et l’amélioration des rendements.
Selon les données du ministère de l’Agriculture, le pays comptait 3818 tracteurs en 2018, un parc entièrement importé et largement vieillissant. Le niveau de mécanisation reste freiné par plusieurs obstacles : coûts d’acquisition élevés, difficultés d’accès au financement, insuffisance de maintenance, faibles capacités techniques locales et cadre institutionnel encore peu structuré.
Dans ce contexte, une capacité locale d’assemblage pourrait contribuer à réduire progressivement le coût des équipements, tout en améliorant leur disponibilité.
Au-delà des tracteurs, une ambition industrielle
Le projet dépasse la simple fourniture de machines agricoles. Il traduit aussi une volonté de structurer une chaîne de valeur industrielle locale autour de la mécanisation, avec des perspectives potentielles en matière de maintenance, de pièces détachées, de formation technique et de services agricoles mécanisés.
L’appui potentiel de la BADEA laisse également entrevoir une logique de financement concessionnel ou de soutien au développement industriel.
Reste toutefois une question centrale : celle du modèle économique. Dans plusieurs pays africains, les programmes de mécanisation se sont heurtés à des difficultés de soutenabilité, faute de mécanismes adaptés de financement, de maintenance et de mutualisation des équipements auprès des petits producteurs.
Pour la Guinée, l’enjeu ne sera donc pas seulement d’assembler des tracteurs, mais de bâtir un écosystème capable de rendre leur usage économiquement accessible et durable.
A.S.




