La Mauritanie fait face à un dilemme économique crucial : comment ajuster les prix des carburants tout en protégeant ses ménages les plus vulnérables ? Un débat animé par d’anciens ministres et les organismes internationaux met en lumière les options disponibles.
Une révision des politiques de subvention sur le carburant
Le prix des carburants en Mauritanie a récemment été ajusté : le litre de gasoil est passé de 51,2 à 56,3 MRU, et celui de l’essence de 51,1 à 59 MRU, traduisant des hausses respectives de 10 % et 15,3 %. Ces augmentations économiques, bien qu’impopulaires, sont accompagnées par des mesures de compensation ciblées. Le gouvernement mauritanien a en effet mis en place des transferts monétaires directs de 3 000 MRU à environ 124 000 ménages, dans le cadre d’un effort plus vaste pour protéger les groupes les plus à risque. Outre la hausse des salaires minimums, les fonctionnaires ayant des revenus inférieurs à 13 000 MRU reçoivent une aide supplémentaire de 4 500 MRU. Cette approche vise à concilier impératifs budgétaires et protection sociale.
L’avis des économistes et institutions internationales
Historiquement, le maintien de bas prix pour les carburants vise à soutenir le seuil de vie de l’ensemble de la population. Cependant, cette politique apparaît de plus en plus inadaptée, comme le soulignent le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Ces institutions estiment que des subventions universelles bénéficient majoritairement aux catégories plus aisées qui consomment davantage de carburants. Le FMI, à travers son programme en Mauritanie, plaide pour le renforcement de transferts ciblés, une stratégie déjà amorcée par le pays.
Cependant, cette voie nécessite des ajustements précis. Le principal défi reste de s’assurer que les aides financières ciblées soient à la fois suffisantes et délivrées en temps opportun. Un versement unique, comme le transfert de 3 000 MRU, pose la question de sa durabilité face à une inflation persistante. Les systèmes tels que le registre social national et le programme Tekavoul sont des outils d’importance qui pourraient être davantage exploités pour un meilleur ciblage et une plus grande couverture sociale, bien que la Banque mondiale recommande d’augmenter les montants distribués pour une efficacité renforcée.
Comparer les coûts des stratégies de subvention
Une comparaison financière des options disponibles en Mauritanie révèle un écart significatif en termes de coûts. Plafonner les prix des carburants représenterait une dépense de l’ordre de 5 milliards de MRU annuellement rien que pour le gasoil. Une charge récurrente, exactement l’opposée de la temporanéité du transfert ciblé qui ne s’élève qu’à 372 millions de MRU pour une distribution ponctuelle. Clore le débat sur la meilleure approche à adopter réside dans l’observation que maintenir un plafond constant implique un coût disproportionné par rapport aux avantages qu’il procure à court terme pour les ménages défavorisés.
Au-delà des chiffres, l’essence du débat en Mauritanie englobe une question plus large : quelle version de l’équité sociale et économique le pays choisira-t-il de défendre ? Les perspectives économiques avancent que le renforcement des dispositifs de transferts monétaires reste la voie la plus économiquement viable et socialement juste. Peut-être est-il nécessaire de recentrer les politiques publiques, non pas dans l’immédiate protection d’une majorité par la reconnaissance de l’inégalité inhérente de l’accès au carburant, mais dans une démarche résolument tournée vers l’efficacité des interventions étatiques envers ceux qui en ont le plus besoin. La réforme attendue tirera-t-elle pleinement parti des progrès enregistrés dans la gestion économique pour pérenniser une stabilité nationale ?
A.S.




