Le groupe suisse Gebana Faso a mis en service le 6 juin une unité de transformation d’anacarde à Péni, dans la région du Guiriko au sud-ouest du Burkina Faso. Installée sur un complexe agroindustriel de 7,2 hectares, cette unité est dotée d’une capacité de traitement de 10 000 tonnes de noix par an et s’appuie sur un réseau d’approvisionnement de 7 200 producteurs locaux. Le coût total de l’investissement n’a pas été communiqué.
Deux nouvelles unités en six mois pour une filière en retard sur la transformation
Cette mise en service intervient six mois après l’inauguration par le président Ibrahim Traoré, à Bobo-Dioulasso, de Burkina Cajou — une unité d’une capacité de 150 000 tonnes par an, considérée comme la plus grande du pays, pour un investissement de 9,74 milliards FCFA (17,4 millions de dollars). Ces deux ouvertures successives illustrent la volonté des autorités d’accélérer la transformation locale, alors que le Comité interprofessionnel de l’Anacarde du Burkina Faso (CIAB) vise 50 % de transformation de la production nationale à l’horizon 2033.
L’écart à combler est considérable. Sur la période 2021-2025, le pays n’a transformé en moyenne que 15 400 tonnes de noix par an selon le service de conseil N’kalô, sur une production nationale estimée à environ 140 000 tonnes annuelles entre 2018 et 2022. Le taux de transformation local se situe actuellement autour de 10 %.
La matière première, nerf de la guerre
La multiplication des capacités industrielles bute sur un obstacle structurel : la disponibilité de la matière première. Comme dans la plupart des pays producteurs d’Afrique de l’Ouest, l’exportation de noix brutes reste privilégiée par les acteurs de la filière, attirés par des prix internationaux généralement plus attractifs que ceux offerts par les industriels locaux.
Pour y remédier, le gouvernement burkinabè avait suspendu en mars 2025 les exportations de noix brutes afin de garantir l’approvisionnement des unités locales — une mesure levée en mai 2025 après que les usines ont été correctement alimentées, les autorités se réservant toutefois le droit de la réinstaurer si nécessaire.
Cette alternance entre suspension et levée illustre l’arbitrage délicat auquel est confronté Ouagadougou : préserver les revenus des producteurs qui bénéficient des prix export, tout en soutenant une transformation locale génératrice de valeur ajoutée. En 2024, malgré son faible niveau de transformation, la filière burkinabè a généré 67,5 milliards FCFA de recettes d’exportation selon l’Institut national de la statistique et de la démographie.
Y.H.




