Trois ajustements majeurs ont été introduits dans le mécanisme de rémunération des producteurs de caoutchouc naturel ivoiriens pour la campagne 2026, annoncés lors du lancement officiel le 19 juin à Yamoussoukro. Ces mesures, issues de concertations entre le Conseil Hévéa-Palmier à huile-Coco (CHPC) et l’Association des professionnels du caoutchouc naturel (APROMAC), visent à améliorer le revenu net des planteurs tout en préservant la compétitivité de la filière.
Suppression de la décote historique de 2 FCFA/kg
Première mesure : la suppression de la décote, une retenue fixe de 2 FCFA par kilogramme appliquée historiquement pour compenser une perception de qualité inférieure du caoutchouc ivoirien face aux standards asiatiques. Sa disparition peut être lue comme un indicateur de la montée en gamme de la production ivoirienne. Concrètement, un producteur livrant 500 kg de caoutchouc par an percevra 1 000 FCFA de plus qu’un an plus tôt pour le même volume.
Le prix bord champ passe de 63 % à 66 % du prix de référence
Deuxième ajustement, plus structurant : la part du prix de référence reversée aux producteurs passe de 63 % à 66 %. Le prix de référence est indexé sur les cours mondiaux cotés à la bourse de Singapour (SGX-SICOM TSR20), ajustés des coûts de transformation, de logistique et d’exportation. Contrairement au coton ou au cacao, le caoutchouc naturel n’a pas de campagne annuelle fixe : son prix bord champ est révisé chaque mois selon les cours internationaux. Cette revalorisation signifie que les producteurs ivoiriens captent désormais une part plus importante de la valeur générée sur les marchés internationaux.
Plafonnement des primes à 10 FCFA/kg pour limiter la surenchère
Troisième mesure : les primes incitatives versées par les acheteurs et transformateurs, jusqu’ici librement fixées et sources de fortes disparités entre zones de production, sont désormais plafonnées à 10 FCFA par kilogramme. L’objectif est de préserver ces primes comme outil de fidélisation des fournisseurs tout en évitant une surenchère déstabilisante entre opérateurs.
Une filière en croissance, des recettes en hausse de 20 % en 2024
Ces réformes interviennent alors que la filière hévéicole ivoirienne — troisième producteur mondial de caoutchouc naturel derrière la Thaïlande et l’Indonésie, et deuxième source de recettes agricoles d’exportation après le cacao — affiche une dynamique positive. Selon la Direction générale des douanes, les recettes d’exportation ont progressé de près de 20 % en 2024, à 1 490 milliards FCFA, soit environ 2,58 milliards de dollars. Reste à observer si la nouvelle gouvernance des prix permettra de consolider cette trajectoire dans la durée, en maintenant l’équilibre entre rémunération des producteurs et compétitivité des transformateurs.
B.S.




