Le Togo s’apprête à recalculer son PIB pour la deuxième fois en six ans. La ministre Sandra Ablamba Johnson, secrétaire générale de la Présidence du Conseil, a confirmé mardi 30 juin à Lomé, lors de la treizième session du Conseil national de la statistique, qu’un rebasage des comptes nationaux est attendu d’ici à fin 2026. L’opération actualisera l’année de base du calcul du PIB — actuellement fixée à 2016 — en s’appuyant sur les données du cinquième recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-5) conduit fin 2022.
37,4 % de PIB supplémentaire lors du premier rebasage de 2020
L’exercice n’est pas inédit. En 2020, le Togo avait migré du SCN 1993 au SCN 2008 et retenu 2016 comme nouvelle année de base. Résultat : le PIB de 2016 était passé de 2 618 à 3 598 milliards FCFA, soit une réévaluation de 37,4 %. Le taux d’endettement de 2019 avait dans la foulée chuté de 68,3 % à 51,9 % du PIB. Le SCN 2008 des Nations unies recommandant une actualisation tous les cinq ans, la base 2016 — aujourd’hui vieille de dix ans — justifie amplement un nouveau passage.
Un mouvement sous-régional : Bénin +25 % en juin 2026, Nigeria +34 % en 2025
Le Togo s’inscrit dans une vague de rebasage qui traverse la sous-région. Le Bénin vient de revoir ses comptes en juin 2026, portant son PIB 2023 à 14 020 milliards FCFA — une hausse de 25,2 % — sur une base 2023 remplaçant celle de 2015. Le Nigeria a rebasé deux fois en une décennie : +89 % en 2014, qui l’avait sacré première économie africaine, puis +34,4 % en 2025 avec un passage de la base 2010 à 2019. Dans l’UEMOA, les rebasages ont partout mécaniquement réduit les ratios de déficit et d’endettement, tout en abaissant le taux de pression fiscale.
Un revers : le taux de pression fiscale va encore reculer
L’effet flatteur sur les ratios budgétaires a toutefois un revers. Le taux de pression fiscale — déjà sous la norme communautaire de 20 % — avait chuté de 20,8 % à 13,6 % après le rebasage de 2020. Le prochain exercice devrait produire le même effet, alors que le Togo s’est engagé dans son programme avec le FMI à renforcer la mobilisation des recettes intérieures. Un objectif que le rebasage éloignera sur le papier, sans changer la réalité des flux de trésorerie.
Car c’est le rappel essentiel : si le rebasage fait reculer le ratio dette/PIB, il ne modifie en rien ce que l’État doit effectivement rembourser. Le Togo a d’ailleurs amorcé sa décrue d’endettement — de 72 % du PIB en 2024 à 65 % à mi-2025 — par une consolidation budgétaire réelle, et non par un ajustement comptable. Le FMI a reclassé son risque de surendettement de « élevé » à « modéré », une reconnaissance qui procède de la même logique.
Y.H.




