Nigeria : le gouvernement abandonne le plafonnement du carburant d’aviation face aux réalités du marché

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Le gouvernement nigérian a finalement renoncé à encadrer les prix du carburant d’aviation, quelques jours seulement après avoir annoncé une mesure d’urgence destinée à contenir l’envolée des coûts pour les compagnies aériennes. L’Autorité nigériane de régulation du pétrole en aval (NMDPRA) a confirmé le 11 mai qu’aucun plafonnement ne serait appliqué.

Ce revirement illustre la difficulté pour Abuja de concilier gestion de crise et logique de déréglementation dans un secteur énergétique déjà sous tension.

Un retour rapide à la logique du marché

Fin avril, face à la flambée spectaculaire du prix du carburéacteur et aux tensions croissantes dans le transport aérien, les autorités avaient tenté une intervention directe en fixant des fourchettes tarifaires indicatives.

À Lagos, les prix devaient évoluer entre 1760 et 1988 nairas par litre, contre 1809 à 2037 nairas à Abuja.

Mais cette orientation a rapidement buté sur une contradiction structurelle : le marché nigérian du carburant d’aviation est entièrement déréglementé. Selon le régulateur, les prix doivent donc être déterminés par les mécanismes du marché et non par une fixation administrative.

Imposer un plafond risquait de provoquer des effets pervers classiques : retrait de certains fournisseurs, pénuries artificielles et développement d’un marché parallèle.

Une flambée des prix devenue critique

La pression sur le secteur reste pourtant extrême.

Selon l’Association des opérateurs aériens du Nigeria (AON), le prix du carburant d’aviation est passé de 900 nairas le litre en février à 3300 nairas à la mi-avril, soit une hausse de 266 % en moins de trois mois.

À cette explosion tarifaire s’ajoutent des difficultés d’approvisionnement qui perturbent les opérations quotidiennes.

L’Association nationale des pilotes et ingénieurs de l’aviation (NAAPE) a alerté sur les conséquences opérationnelles : retards de rotation, tensions sur la planification des équipages et risque accru de fatigue réglementairement critique pour les personnels navigants.

Au-delà du coût économique, la crise touche donc désormais à la sécurité opérationnelle.

Un marché structurellement vulnérable

Cette crise met en lumière les fragilités profondes du transport aérien nigérian.

Le pays représente pourtant l’un des plus importants marchés aériens africains, avec 10,5 millions de passagers domestiques transportés en 2025, selon ePlane AI.

Mais les compagnies aériennes restent structurellement exposées à la volatilité du change, une grande partie de leurs coûts — maintenance, leasing, pièces détachées et carburant — étant indexés sur le dollar, dans un environnement marqué par l’affaiblissement du naira.

Même la montée en puissance de la raffinerie Dangote, désormais acteur central de l’approvisionnement en carburant d’aviation selon Reuters, n’a pas suffi à stabiliser durablement les prix.

La piste du mécanisme naira-for-crude

Dans ce contexte, certains acteurs défendent une autre approche : intégrer le carburant d’aviation au programme naira-for-crude, qui permet aux raffineurs d’acheter du pétrole brut nigérian en monnaie locale plutôt qu’en dollars.

L’objectif serait de réduire la pression sur les devises et, théoriquement, le coût final du carburant.

Cette option a été évoquée par un comité technique gouvernemental, mais aucune décision officielle n’a encore été prise.

En attendant, le régulateur n’a annoncé aucune mesure alternative immédiate, laissant les compagnies aériennes face à un marché toujours instable, sans solution structurelle à court terme.

A.S.

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