Les restrictions sur les exportations d’amandes de karité adoptées par plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest produisent leurs premiers effets mesurables sur les flux mondiaux. Au premier trimestre 2026, les achats internationaux de beurre de karité ont atteint 27 951 tonnes, en hausse de 27 % par rapport à la même période un an plus tôt, et à leur plus haut niveau sur cinq ans, selon les données douanières citées par le service de conseil N’kalô dans son bulletin du 5 juin.
Dans le même temps, les exportations d’amandes brutes ont chuté de 25 % en glissement annuel à 84 705 tonnes — leur niveau le plus bas depuis 2024 — confirmant que les politiques industrielles nationales commencent à redistribuer les cartes de la filière mondiale.
Un front uni des producteurs contre l’export de matière première brute
La dynamique s’explique par une convergence inédite des politiques publiques. Depuis 2024, plusieurs États producteurs ont successivement suspendu les exportations d’amandes brutes : le Mali en octobre 2024, la Côte d’Ivoire et le Togo respectivement en janvier et avril 2025, le Nigeria — premier producteur mondial — depuis août 2025. Le Burkina Faso, qui avait suspendu ses exportations en 2024, a levé l’interdiction en mai 2026 mais dans un cadre strict : autorisation spéciale obligatoire, cession de 25 % minimum des volumes aux transformateurs locaux et taxe de 200 FCFA par kilogramme exporté. Le Ghana avance pour sa part vers une interdiction totale avant fin 2026, sans texte officiel encore publié.
Cette combinaison de restrictions force les industriels européens à adapter leurs stratégies. « On observe une évolution des stratégies des industriels européens qui achètent davantage de beurre et investissent dans la transformation sur place pour compenser la raréfaction des exportations de noix brutes », note N’kalô.
Une tension sur les prix attendue pour le reste de l’année
Pour les prochains mois, le service de conseil anticipe le maintien des dynamiques observées. Avec Mali, Côte d’Ivoire, Togo et Nigeria qui maintiennent leurs interdictions, et le Ghana qui semble s’orienter vers un ban complet, l’offre d’amandes exportables restera contrainte. La réouverture partielle du Burkina Faso — qui confirme l’existence de stocks — sera suivie de près par les acheteurs internationaux, mais ne suffira pas à détendre significativement le marché. Une pression sur les prix est probable pour la campagne à venir.
Au-delà du cycle court, la hausse des exportations de beurre illustre une recomposition plus profonde. En forçant les acheteurs à se tourner vers le produit transformé, les pays producteurs accélèrent leur montée dans la chaîne de valeur — passant du statut de fournisseur de matière première à celui d’acteur industriel intégré dans la filière mondiale du karité.
E.N.




