La filière sucrière ivoirienne franchit une nouvelle étape dans sa montée en gamme industrielle. Au-delà de la production de sucre, les opérateurs cherchent désormais à mieux valoriser les sous-produits agricoles pour créer de nouvelles sources de revenus et renforcer l’intégration industrielle locale.
La Sucrerie Africaine de Côte d’Ivoire (SUCAF-CI) a inauguré, le 7 mai, une nouvelle distillerie sur le site de son complexe sucrier de Ferké 2, dans la région du Hambol. Présentée comme la première distillerie de canne à sucre du pays, l’infrastructure marque une diversification stratégique pour le principal acteur sucrier ivoirien.
Le projet a mobilisé un investissement de 18 milliards FCFA (32,2 millions de dollars). L’installation affiche une capacité annuelle de 12 millions de litres d’alcool extra-neutre (AEN), un produit à haute pureté, supérieur à 96 %, utilisé dans plusieurs segments industriels.
L’alcool extra-neutre constitue une matière première recherchée dans l’industrie agroalimentaire, notamment pour la fabrication de boissons alcoolisées et de spiritueux. Il trouve également des débouchés dans les secteurs pharmaceutique et cosmétique, où il entre dans la composition de désinfectants, solutions antiseptiques, parfums ou lotions.
Une stratégie de valorisation industrielle
L’intérêt économique du projet repose sur la transformation de la mélasse, un sous-produit issu du raffinage du sucre, jusque-là faiblement valorisé.
En intégrant cette nouvelle activité, SUCAF-CI améliore le rendement économique global de sa chaîne de production en convertissant un résidu industriel en produit à forte valeur ajoutée.
Cette logique d’intégration verticale devient de plus en plus centrale dans les stratégies agro-industrielles africaines, où la compétitivité dépend autant de la production principale que de la capacité à exploiter les co-produits.
Selon l’entreprise, la nouvelle unité pourrait couvrir jusqu’à 50 % des besoins nationaux en alcool extra-neutre, aujourd’hui largement satisfaits par les importations.
Réduire la dépendance extérieure
Au-delà de la diversification des revenus pour SUCAF, le projet répond à une logique plus large de substitution aux importations.
Dans de nombreux pays africains, les intrants industriels comme l’éthanol de qualité pharmaceutique ou alimentaire restent fortement dépendants de l’extérieur, ce qui expose les industriels aux fluctuations de change, aux coûts logistiques et aux tensions d’approvisionnement.
La production locale de ce type de matière première pourrait contribuer à renforcer certaines chaînes de valeur nationales, notamment dans les industries pharmaceutique, cosmétique et des boissons.
Une filière sucrière qui monte en sophistication
Avec une production annuelle dépassant 120 000 tonnes de sucre, SUCAF-CI demeure le principal opérateur sucrier de Côte d’Ivoire.
Cette nouvelle infrastructure illustre l’évolution d’une filière qui cherche progressivement à dépasser le simple modèle de production primaire pour adopter une logique d’agro-industrie intégrée.
Pour le groupe français Somdia, maison mère de SUCAF-CI, cette stratégie s’inscrit dans une vision continentale plus large.
« Cette distillerie reflète notre ambition de développer une agroindustrie intégrée et créatrice de valeur locale », a indiqué Olivier Parent, président-directeur général du groupe.
Un signal pour l’agro-industrie ivoirienne
L’initiative intervient dans un contexte où la Côte d’Ivoire cherche à accélérer la transformation locale de ses productions agricoles et à capter davantage de valeur ajoutée industrielle.
Après le cacao, l’anacarde ou encore l’hévéa, la filière sucrière montre à son tour qu’elle peut devenir un terrain d’innovation industrielle.
Si le modèle fait ses preuves économiquement, il pourrait encourager d’autres investissements similaires dans la valorisation des coproduits agricoles, un segment encore largement sous-exploité dans l’agro-industrie ouest-africaine.
Y.H.




