Malgré Sangomar, le Sénégal prépare son économie à un nouveau choc pétrolier

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Devenu producteur de pétrole avec le démarrage du champ Sangomar en 2024, le Sénégal reste néanmoins fortement exposé aux turbulences du marché énergétique mondial. La production nationale de brut ne suffit pas encore à protéger l’économie d’un choc externe, notamment en cas de flambée prolongée des cours du pétrole.

Face aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient et au risque d’une nouvelle envolée des prix des hydrocarbures, le gouvernement sénégalais a décidé d’anticiper.

Réuni en Conseil des ministres le 6 mai, le Premier ministre Ousmane Sonko a présenté un plan d’action destiné à amortir les effets d’un éventuel choc pétrolier sur l’économie nationale. Selon la porte-parole du gouvernement, Marie Rose Faye, l’exécutif redoute des conséquences « directes, cumulatives et multidimensionnelles » sur un pays qui demeure structurellement importateur net d’hydrocarbures.

Une vulnérabilité toujours bien réelle

L’entrée du Sénégal dans le cercle des producteurs pétroliers n’a pas fondamentalement modifié sa dépendance énergétique à court terme.

Le pays continue d’importer massivement des produits pétroliers raffinés, faute de capacités locales suffisantes de transformation. La consommation nationale est estimée entre 2,3 et 2,6 millions de tonnes par an, exposant directement l’économie aux variations des cours internationaux.

Entre 2022 et 2024, la facture des importations de produits pétroliers aurait dépassé 1 600 milliards FCFA, tandis que les subventions énergétiques ont représenté plus de 1,3 milliard de dollars en 2023, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Cette dépendance se traduit par une forte sensibilité budgétaire : selon l’économiste Amath Ndiaye, chaque dollar supplémentaire sur le baril pourrait coûter environ 20 millions de dollars au budget sénégalais.

Six leviers d’action activés

Pour limiter les impacts potentiels, le gouvernement a structuré sa réponse autour de six axes.

Le premier repose sur une politique de sobriété énergétique, visant à réduire la consommation et à rationaliser les usages.

Le second concerne l’accélération de la transition énergétique, avec une montée en puissance attendue des renouvelables pour réduire progressivement l’exposition du pays aux combustibles fossiles importés.

L’exécutif prévoit également un bouclier énergétique ciblé destiné à protéger les secteurs stratégiques ainsi que les ménages les plus vulnérables face à une éventuelle hausse des prix.

Enfin, la diversification des sources d’approvisionnement en produits pétroliers figure parmi les mesures clés, afin de réduire le risque lié à une concentration excessive des fournisseurs.

Senelec au cœur du dispositif

L’électricité apparaît comme le maillon critique du dispositif.

Le Premier ministre a demandé l’organisation d’un conseil interministériel spécifique consacré à la performance de la Senelec, signe que les autorités considèrent l’opérateur national comme central dans la résilience énergétique du pays.

Le ministre de l’Énergie dispose de trente jours pour produire une note stratégique de cadrage.

Dans le même délai, le ministère des Finances devra évaluer les engagements financiers de l’État vis-à-vis du secteur énergétique, tandis que la Senelec devra présenter un plan opérationnel complet couvrant ses dimensions technique, commerciale, financière et organisationnelle.

Le paradoxe du Sénégal producteur

La situation met en lumière un paradoxe fréquent chez les nouveaux producteurs africains : produire du pétrole ne signifie pas automatiquement sécurité énergétique.

Sans capacités significatives de raffinage, sans diversification rapide du mix énergétique et avec un système électrique encore coûteux, le pays reste vulnérable aux chocs exogènes.

Le véritable enjeu pour Dakar n’est donc plus seulement la production d’hydrocarbures, mais la transformation structurelle de son modèle énergétique.

Le plan présenté par Ousmane Sonko semble précisément reconnaître cette réalité : le pétrole national peut améliorer les marges de manœuvre du pays, mais seule une réforme plus profonde du système énergétique pourra durablement réduire sa vulnérabilité.

B.S.

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