Face à une pression climatique croissante, le Niger mise sur la restauration environnementale comme levier d’adaptation et de développement rural. Selon le gouvernement, les programmes de récupération des terres dégradées ont permis de générer près de 82 000 emplois temporaires en 2025, illustrant la volonté des autorités de conjuguer résilience climatique et soutien aux revenus ruraux.
Dans un entretien bilan diffusé le 6 mai sur la télévision nationale, le ministre de l’Environnement, le colonel Maizama Abdoulaye, a indiqué que les différentes initiatives engagées ont contribué à améliorer sensiblement la production pastorale dans plusieurs zones du pays, tout en générant plusieurs milliards de francs CFA de revenus au profit des populations bénéficiaires.
La restauration écologique comme moteur économique
Entre 2024 et 2025, les interventions menées par l’État ont mobilisé plus de 10 millions d’hommes-jours, soit l’équivalent de 10 millions de journées de travail, témoignant de l’ampleur des programmes déployés.
Les actions ont porté principalement sur :
- la récupération des terres dégradées ;
- l’ensemencement d’espèces fourragères ;
- la plantation de végétaux adaptés aux conditions sahéliennes.
Au-delà de leur vocation environnementale, ces programmes s’inscrivent dans une logique économique : restaurer le capital naturel tout en soutenant les moyens de subsistance dans les zones rurales.
Les autorités citent notamment Kéré-Kapada, dans la région de Tahoua, où les opérations de restauration auraient permis de porter la biomasse pastorale à environ 3 tonnes de matière sèche par hectare, améliorant ainsi les ressources fourragères disponibles pour l’élevage.
Un pays en première ligne face au changement climatique
Cette stratégie intervient dans un contexte particulièrement contraint.
Le Niger figure parmi les pays sahéliens les plus exposés aux chocs climatiques :
- sécheresses récurrentes ;
- inondations ;
- vents violents ;
- dégradation accélérée des terres ;
- pression croissante sur les ressources pastorales.
Ces phénomènes aggravent directement :
- l’insécurité alimentaire ;
- la pauvreté rurale ;
- les tensions sociales et foncières ;
- la vulnérabilité des systèmes agropastoraux.
Dans ce contexte, la restauration des terres apparaît comme un outil à la fois écologique, social et sécuritaire.
Des besoins financiers massifs
Malgré les progrès revendiqués, l’ampleur des besoins reste considérable.
Selon le document officiel « Première communication relative à l’adaptation aux changements climatiques au Niger », publié en mai 2025, le financement nécessaire à la mise en œuvre des priorités nationales d’adaptation est estimé à 5 435 milliards FCFA, soit environ 9,06 milliards de dollars.
Le Niger s’appuie déjà sur plusieurs cadres stratégiques, notamment son Plan national d’adaptation (PNA), avec le soutien d’institutions publiques, d’ONG, du secteur privé et de partenaires techniques et financiers.
Un modèle à consolider
Si les chiffres annoncés traduisent une dynamique positive, la question centrale demeure celle du passage à l’échelle.
Les emplois générés restent essentiellement temporaires, et la durabilité économique des revenus dépendra de la capacité à :
- maintenir les gains de productivité écologique ;
- structurer durablement les filières pastorales et rurales ;
- mobiliser les financements nécessaires à long terme.
Dans un pays où climat, sécurité alimentaire et stabilité sociale sont étroitement liés, la restauration des terres pourrait toutefois devenir l’un des piliers les plus concrets de l’adaptation climatique.
Y.H.




