PRIME-GAS : le Togo prépare un corridor gazier régional avec la Côte d’Ivoire et le Bénin

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Le Togo franchit une nouvelle étape dans sa stratégie énergétique avec le lancement imminent des études du projet régional PRIME-GAS, une initiative soutenue par la Banque mondiale visant à structurer une véritable chaîne régionale d’approvisionnement en gaz naturel en Afrique de l’Ouest.

Pensé comme un projet d’intégration énergétique, PRIME-GAS associe le Togo, le Bénin et la Côte d’Ivoire autour d’une ambition commune : développer des infrastructures permettant de sécuriser l’accès au gaz naturel pour la production électrique et les usages industriels, tout en renforçant les échanges énergétiques régionaux.

Construire un hub gazier régional

Le projet repose sur la mise en place d’un écosystème intégré comprenant :

  • des infrastructures de réception de gaz naturel liquéfié (GNL) ;
  • des capacités de stockage ;
  • des réseaux de transport et distribution ;
  • et des interconnexions régionales facilitant le commerce gazier.

Pour le Togo, l’ambition est particulièrement structurante.

Les infrastructures envisagées incluent :

  • un terminal de réception et de stockage de GNL au port de Lomé ;
  • un réseau national de transport de gaz destiné à alimenter de nouvelles centrales thermiques ;
  • un réseau de distribution industrielle centré sur la zone portuaire et ses environs ;
  • un gazoduc entre le port de Lomé et la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) ;
  • et une centrale électrique au gaz de 500 MW.

Cette architecture pourrait repositionner Lomé comme un hub énergétique régional, en cohérence avec les ambitions industrielles du pays.

Diversifier les approvisionnements

Au-delà des infrastructures nationales, PRIME-GAS vise également à réduire la vulnérabilité énergétique liée à la concentration des sources d’approvisionnement.

Parmi les scénarios étudiés :

  • l’extension du point de livraison togolais du West African Gas Pipeline (WAGP) ;
  • et la possibilité d’un nouveau corridor gazier entre le Nigeria et le Togo.

Cette diversification serait stratégique dans une région où la sécurité énergétique reste souvent tributaire de contraintes techniques, contractuelles ou géopolitiques.

Une logique industrielle assumée

Le projet dépasse largement la seule production d’électricité.

L’objectif est aussi de soutenir l’industrialisation régionale, en particulier autour de la Plateforme industrielle d’Adétikopé, qui constitue l’un des piliers de la stratégie de transformation économique togolaise.

Un accès compétitif au gaz pourrait améliorer la compétitivité :

  • des industries manufacturières ;
  • de la transformation agroalimentaire ;
  • des matériaux de construction ;
  • et potentiellement de nouvelles activités chimiques ou logistiques.

Dans ce schéma, le gaz est envisagé comme énergie de transition, capable de soutenir la croissance industrielle tout en remplaçant progressivement des combustibles plus coûteux ou plus carbonés.

Un projet à risque élevé selon la Banque mondiale

L’ampleur du projet implique cependant des enjeux environnementaux et sociaux significatifs.

La Banque mondiale a classé PRIME-GAS dans la catégorie « risque environnemental et social élevé », déclenchant la réalisation d’une Évaluation environnementale et sociale stratégique (EESS).

Cette étude devra examiner :

  • les impacts sur les populations riveraines ;
  • les terres agricoles ;
  • les écosystèmes et la biodiversité ;
  • les infrastructures existantes ;
  • les risques industriels ;
  • la vulnérabilité sismique ;
  • et les effets du changement climatique sur les futures infrastructures.

Les corridors étudiés devraient s’étendre sur des bandes de 30 à 40 kilomètres de large, afin d’évaluer différentes options de tracé.

Un calendrier d’études en plusieurs phases

L’étude environnementale initiale doit s’étendre sur 20 semaines et se dérouler en trois étapes :

  1. Phase de lancement institutionnel
  2. Évaluation comparative des corridors gaziers
  3. Publication des corridors retenus

Elle sera complétée par des analyses techniques spécialisées.

Une pièce du puzzle énergétique ouest-africain

PRIME-GAS s’inscrit dans un mouvement plus large de reconfiguration énergétique en Afrique de l’Ouest.

Alors que la région cherche à :

  • améliorer l’accès à l’électricité ;
  • soutenir son industrialisation ;
  • réduire sa dépendance aux carburants liquides ;
  • et renforcer l’intégration régionale,

le gaz naturel apparaît comme un levier intermédiaire entre les hydrocarbures traditionnels et les renouvelables.

Le défi sera désormais double : assurer la viabilité économique du projet tout en maîtrisant ses externalités environnementales et sociales.

Y.H.

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