Côte d’Ivoire : la BERD entre dans le nickel avec un prêt de 30 millions de dollars, une première en Afrique subsaharienne

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La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a annoncé lundi 29 juin sa participation à un financement syndiqué de 180 millions de dollars en faveur de Polynickel West Africa Holding, filiale de CoreX Holding et actionnaire majoritaire de la Compagnie minière du Bafing (CMB), principal acteur du nickel en Côte d’Ivoire. La contribution de la BERD s’élève à 30 millions de dollars — son premier financement minier en Côte d’Ivoire et en Afrique subsaharienne.

Le montage vise à transformer le prêt relais utilisé pour l’acquisition de CMB en dette de long terme, tout en soutenant les activités opérationnelles de la société. La participation d’une institution européenne de premier plan dans ce dossier constitue un signal fort pour l’attractivité de la filière nickel ivoirienne.

Une production multipliée par six en six ans, puis un recul de 40 %

Le nickel est encore une filière jeune en Côte d’Ivoire : l’exploitation industrielle n’a démarré qu’en 2017, avec 379 800 tonnes produites. En 2023, la production atteignait 2,48 millions de tonnes — une croissance annuelle moyenne de 36,7 % — faisant du nickel le deuxième métal exploité du pays après l’or, avec un chiffre d’affaires de 55,92 milliards FCFA (près de 100 millions de dollars) sur l’année.

2024 a cependant rappelé la fragilité d’une filière en consolidation : la production est retombée à 1,48 million de tonnes, soit une baisse de 40,2 %, en raison d’une suspension de deux mois à la mine de Foungbesso pendant la saison des pluies et d’un environnement de prix défavorable, le nickel étant sous pression depuis plusieurs années en raison d’une surabondance de l’offre, principalement indonésienne.

L’État monte à 25 % dans la CMB, pour une participation publique totale de 30 %

Parallèlement au financement de la BERD, le gouvernement ivoirien a autorisé début juin une hausse de sa participation dans la CMB. L’opération, portant sur 1 500 actions d’une valeur globale de 3,5 milliards FCFA acquises auprès de Polynickel, porte la participation directe de l’État de 10 % à 25 %. En ajoutant les 5 % détenus par la Société pour le développement minier de la Côte d’Ivoire (SODEMI), la participation publique atteint désormais 30 %, contre 70 % pour l’opérateur privé.

Ce renforcement s’inscrit dans une tendance plus large observée en Afrique de l’Ouest, avec des États qui cherchent à capter une part plus importante de la valeur créée par les mines — une stratégie cohérente pour une filière dont le potentiel en nickel latéritique est estimé à 260 millions de tonnes, localisé à Sipilou et à Foungbesso.

Un débouché de long terme dans les batteries, un risque de prix à court terme

Le nickel ivoirien bénéficie d’un positionnement stratégique dans les chaînes de valeur de la transition énergétique, notamment pour la fabrication de batteries électriques. À court terme néanmoins, la filière doit composer avec des prix fragilisés par l’offre indonésienne. Pour la Côte d’Ivoire, le défi sera de transformer la montée en puissance rapide observée depuis 2017 en une filière durable, capable de résister aux cycles de prix et de générer davantage de valeur ajoutée localement.

E.N.

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