Le Sénégal s’apprêterait à mandater Lazard comme conseiller financier sur sa dette souveraine, selon plusieurs sources proches du dossier citées cette semaine par Bloomberg et Reuters. La banque d’affaires, spécialiste des restructurations souveraines — elle a notamment conseillé la Zambie, le Ghana, le Tchad et le Mozambique — viendrait s’ajouter au cabinet Global Sovereign Advisory, qui accompagne Dakar depuis plusieurs années, sans le remplacer. La répartition des missions entre les deux conseillers reste inconnue. Surtout, aucune décision de restructuration n’a été officiellement annoncée.
Une dette réévaluée à plus de 130 % du PIB
L’urgence pour Dakar est documentée. Depuis la découverte en 2024 de plusieurs milliards de dollars d’emprunts absents des chiffres officiels, la dette publique sénégalaise a été réévaluée à plus de 130 % du PIB — soit près du double du plafond communautaire de 70 % fixé dans le cadre de l’UEMOA. Le programme de prêt du FMI de 1,8 milliard de dollars a été suspendu. S&P et Moody’s ont abaissé la note souveraine du pays, désormais classée plus profondément en catégorie spéculative. Les obligations sénégalaises libellées en devises, notamment les titres 2033 et 2048, sous-performaient leurs homologues des marchés émergents jeudi 15 juillet selon Bloomberg.
Faute d’accès aisé aux marchés internationaux, Dakar s’est davantage tourné vers le marché régional UEMOA, où la demande pour les émissions longues s’affaiblit également. Le budget 2026 prévoit environ 5 490 milliards FCFA — 9,6 milliards de dollars — au titre du service de la dette, capital et intérêts confondus.
Un contexte politique compliqué
La dimension politique alourdit l’équation. Le président Bassirou Diomaye Faye est resté évasif sur une éventuelle restructuration, à laquelle son ancien Premier ministre Ousmane Sonko s’était publiquement opposé avant d’être limogé il y a deux mois. Son successeur Ahmadou Al Aminou Lo, ancien cadre de la BCEAO, prend la main dans un contexte où Sonko, toujours à la tête du parti majoritaire et désormais président de l’Assemblée nationale, conserve une influence significative sur les arbitrages à venir. JPMorgan avait estimé, après le départ de Sonko, que la probabilité d’un réaménagement augmentait.
Les créanciers se structurent en prévision
Les autorités sénégalaises étaient à Washington cette semaine pour des réunions techniques avec le FMI sur les perspectives macroéconomiques. Du côté des créanciers, Morgan Stanley Investment Management et BlueBay Asset Management ont récemment discuté de la formation d’un groupe ad hoc destiné à représenter les investisseurs obligataires en cas de négociations sur la dette. Ces échanges restent préliminaires et aucun groupe n’a encore été officiellement constitué.
Pour les investisseurs exposés à la dette sénégalaise, le calendrier des prochaines semaines sera déterminant : la clarification du mandat de Lazard et la reprise — ou non — du programme FMI constitueront les deux signaux les plus attendus.
A.S.




